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dimanche 2 novembre 2003
par Ishar

American Splendor


Des adaptations de comics, il y en a plein depuis quelques temps. Y compris des adaptations de comics underground ou moins commerciaux que Spiderman et les X-Men, comme Ghost World par exemple. American Splendor, par ailleurs grand prix de Sundance 2003, vient s’opposer directement au style des films sus-nommés. Le cinéma, après avoir fortement nourri le 9e art avec ses méthodes de mise en scène, provoque une sorte de retour aux sources en adaptant la BD au grand écran. American Splendor prend le chemin opposé et utilise les effets stylistiques propres à la BD pour construire un film étonnant.

Ce film est une sorte de biographie de Harvey Pekar, américain moyen antipathique au possible et par ailleurs scénariste de American Splendor, comic underground culte dans les années 70. Cette BD est une mise en image de sa vie, qui par son regard pertinent et cynique, et par la participation de quelques dessinateurs prestigieux - dont Robert Crumb - est vite devenue célébre.

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Vous voyez déjà tout la problématique du film : si la BD parle de la vie de Harvey Pekar, de quoi est tiré le film ? Est-ce une biographie ? Une adaptation de sa BD ? Le film n’apporte évidemment pas de réponse précise (bien qu’il commence par "Tiré du comic book American Splendor"), et joue justement sur cette ambiguïté. Il pose ainsi intelligement la question : mais comment peut-on décider un jour de faire de sa vie une oeuvre ?

L’ambiguïté se joue aussi sur un autre plan. S’il s’agit d’un film sur la vie de Pekar, nous avons à faire à un documentaire (romancé certes mais documentaire quand même). Si c’est une adaptation de la BD, cela relève plutôt du domaine de la fiction. De fait, nous avons à faire à un panaché des deux : les scènes de fiction sont entrecoupées d’interviews du vrai Pekar, par ailleurs entouré des vrais personnes incarnées par d’autres dans le film. Le tout est fait avec élégance et ne nuit pas à l’homogénéité de l’ensemble, notamment par une mise en scène très propre et un sens de la décoration impressionnant - à base de marron, ce qui n’est peut-être pas la plus belle couleur du monde mais vient bien appuyer la morosité de la vie de Pekar.

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Sur un autre plan, American Splendor opère aussi un retournement par rapport aux autres adaptations de BD. Les apports du cinéma dans la BD sont bien connus ; en adaptant ces dernières aux grand écran, il s’effectue une sorte de retour aux sources stylistiques. Tout au plus, le cinéma a intégré quelques effets propres à la BD, comme le découpage en cases dans Hulk, mais qui n’appuie en rien le contenu. Dans American Splendor au contraire, les effets de style propres à la BD sont utilisés pour servir le récit, et participent au mélange adaptation BD / biographie astucieusement.

J’avoue avoir quand même eu un peu peur au début ; ne connaissant pas du tout Harvey Pekar et son oeuvre, j’ai bien cru que j’allais m’ennuyer. Or si l’excellence de la mise en scène, l’intelligence et l’originalité du propos m’ont tenu en haleine, il est probable que seuls ceux qui, soit apprécient Pekar et le comics underground, soit s’intéressent aux rapports entre BD et cinéma, trouveront un intérêt au film. C’est d’autant plus dommage que c’est l’un des meilleurs moments que j’ai passés dans une salle obscure cette année - je vois quand même 2 à 3 films par semaine - et qu’à l’arrivée, j’ai été suffisament emballé pour aller acheter American Splendor - le comic.

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