Si pour certains c’est un cauchemar, pour d’autres c’est un rêve de fan qui se réalise. L’architecte principal de l’univers DC depuis maintenant plusieurs années, celui qui a rendu Green Lantern populaire comme jamais, le scénariste Geoff Johns s’associe à l’un des dessinateurs parmi les plus populaires et les plus doués de l’histoire des comics, l’immense Jim Lee, pour relancer la série réunissant les plus grands héros de la firme américaine, ceci dans le cadre de la vaste opération de relaunch menée par DC Comics et baptisée « The New 52 », soit 52 nouvelles séries, toutes relancées au numéro un et étrennant des équipes créatives à la fois solides, populaires et prêtes selon les cas à réinterpréter certains éléments fondateurs de ces mythologies modernes.
Premier titre de la vague des « New 52 », Justice League #01 est sorti aux Etats-Unis le même jour que Flashpoint #05, élément fondateur et déclencheur de cette renaissance de l’univers DC. Ce premier arc de six épisodes a ainsi pour but de (re)familiariser le lecteur avec des personnages connus et surtout de nous conter de quelle manière cette nouvelle Ligue de Justice s’est formée, voilà pourquoi cette histoire introductive est située chronologiquement cinq ans dans le passé.
Apparu depuis quelques mois à peine à Gotham City, Batman apparaît encore comme un personnage trouble aux yeux de la population et des autorités, ne sachant trop s’il faut le considérer comme un criminel ou bien un justicier. Une étrange créature sème la panique à Gotham, et est poursuivie à la fois par la police et les forces de sécurité ainsi que par Batman. De forme humanoïde, elle semble pourtant venir d’un monde bien différent du nôtre. Causant dégâts et destructions sur les docks de Gotham, elle est cependant bien vite appréhendée par Batman ainsi que par Green Lantern (alias Hal Jordan dans le civil). Le protecteur de Coast City a en effet été averti par ses maîtres, les Gardiens d’Oa qu’une présence extraterrestre non autorisée semait troubles et chaos à Gotham. C’est ainsi l’occasion d’assister à la toute première rencontre Batman et Green Lantern, ce dernier étant d’ailleurs surpris que Batman existe réellement, Jordan restant longtemps persuadé qu’il ne pouvait s’agir que d’une simple légende urbaine. Si Batman nous apparaît déjà méfiant, calculateur, malin et diablement intelligent, Hal Jordan est d’une arrogance et d’une prétention sans bornes. Il se croit tout puissant avec son anneau, ce qui n’est pas sans amuser Batman qui lui ne dispose d’aucun pouvoir spécial.
Mais les présentations ne durent qu’un temps et une nouvelle petite créature de forme arachnéenne et mécanique dépose déjà une petite boîte-mère, une bombe en réalité qui explose instantanément au cri de guerre de la créature : « Pour Darkseid ».
Les principaux héros de l’univers DC étant apparus depuis très peu de temps, Green Lantern et Batman décident de partir à Metropolis. C’est en effet la ville d’adoption de Superman, lui aussi un extra-terrestre et par conséquent, Hal Jordan est persuadé qu’il y a un lien entre l’étranger venu de Krypton et les séides de ce mystérieux Darkseid. Première rencontre également donc entre Batman, Green Lantern et Superman et les présentations ne sont guères cordiales. Un violent combat s’ensuit qui tourne très rapidement en faveur de Superman qui ne supporte que modérement le fait d’être agressé dans sa propre ville. Heureusement, Green Lantern pourra compter sur son amitié avec un autre héros, Barry Allen alias Flash le bolide écarlate qui déboule en trombe depuis Central City pour prêter main forte à Green Lantern et Batman et qui en profite surtout pour se livrer à un concours de vitesse avec Superman.
Mais les démonstrations de force s’avèrent inutiles et stériles. Grâce à l’intervention de Batman, clairement le plus calme et intelligent de la bande, un compromis est trouvé et les quatre héros décident de faire le point ensemble au quartier général provisoire de Superman, la vieille imprimerie du Daily Planet.
En parallèle des héros, on suit également le jeune Victor Stone, vedette de l’équipe de football américain de son lycée et auprès duquel se pressent déjà tous les agents sportifs et recruteurs des différentes universités du pays. Athlète prodige, Victor est pourtant totalement délaissé par son père, scientifique aux laboratoires Stars de Detroit au sein de la division d’étude des surhumains. Le Docteur Silas Stone travaille également sur l’une des fameuses boîtes mères semblable à celle qui a explosé à Gotham et à une autre désormais en possession de Superman et de ses compagnons d’armes. Une discussion houleuse éclate entre Victor Stone et son père qui n’en a pas grand-chose à faire de ses exploits sportifs, l’estimant déjà dépassé face aux exploits et aux prodiges accomplis par des héros tels Flash, Superman ou Green Lantern. A quoi bon être un athlète d’exception dans un monde où les extraterrestres volants et les hommes à super pouvoirs sont monnaie courante ? Silas Stone risque pourtant d’obtenir une réponde étonnante à son interrogation.
Or, les mystérieuses boîtes mères rentrent soudain en résonance, explosent et déversent de leur sein des dizaines de créatures extraterrestres, des paradémons de la dimension d’Apokolips. C’est le cas à Metropolis, à Detroit dans les laboratoires Stars ainsi qu’à Washington, lieu de résidence d’une autre héroïne récemment apparue sur la scène super-héroïque, l’amazone Wonder Woman qui en est encore à découvrir le monde des hommes. A travers tous les Etats-Unis, les combats font rage et Wonder Woman se retrouve bien malgré elle mêlée à ces affrontements et bien vite elle débarque sur la ligne de front de Metropolis, se retrouvant aux côtés de Superman, Batman, Green Lantern et Flash dans une bataille qui redouble encore davantage d’intensité lorsque Aquaman surgit des mers pour mener le combat contre les paradémons qui ont envahi ses océans à la surface terrestre.
Pendant ce temps, aux laboratoires de Detroit, le jeune Victor Stone a été grièvement blessé par l’explosion de la boîte mère. Sa vie ne tient plus qu’à un fil. Son père tente alors le tout pour le tout et lui injecte des doses massives de prométhium afin de se substituer à ses organes détériorés. C’est l’unique prix de la survie de Victor. Mais si Victor survit, il n’est plus tout à fait le même et se retrouve désormais piégé dans un corps cybernétique, devenant ainsi un véritable cyborg, une dangereuse arme de guerre qui devrait d’ailleurs être bien utile en ces temps d’invasion extra-terrestre. Il prend lui aussi part au combat contre les paradémons et ne tarde pas à rejoindre les autres héros et ce, juste à temps pour accueillir le vilain derrière tout ce chaos, le puissant Darkseid, souverain d’Apokolips.
La résistance mise en place par Batman et ses compagnons est héroïque mais demeure vaine. Darkseid est trop puissant. Superman est fait prisonnier sur Apokolips et Darkseid et ses lieutenants, Desaad et Steppenwolf espèrent bien tirer profit de ses pouvoirs afin de créer un nouveau type de soldat, une sorte de traqueur capable de retrouver la fille de Darkseid, unique objectif du maître d’Apokolips dont la fille semble être perdue et échouée quelque part sur Terre. La situation semble désespérée. Pour l’emporter, les héros auront nécessairement besoin de Superman. Batman décide par conséquent de s’infiltrer sur Apokolips pour délivrer le Kryptonien. Le combat redouble une nouvelle fois d’intensité et avec Superman libre et Victor Stone devenu le héros Cyborg et déchaînant toute sa fureur, la future Ligue de Justice parvient à vaincre Darkseid et à le renvoyer dans sa dimension d’origine. Le combat s’achève et à leur plus grande surprise, les héros sont acclamés par la population. Ils sont reçus à la maison blanche présidentielle quelques jours plus tard et même si dans un premier temps, ils demeurent tous assez réticents, le monde saura désormais qu’il pourra compter une cette formidable alliance de héros surpuissants en cas de crise grave. C’est l’acte fondateur de la Ligue de Justice, de l’émergence de nouveaux mythes, de véritables dieux parmi les hommes et surtout du nouvel univers DC lancé à la suite de Flashpoint. L’écrivain David Graves et sa famille ont assisté au combat entre Darkseid et les héros. Impressionné par tant de ferveur et d’héroïsme, il est le premier à s’intéresser à ce nouveau phénomène et à narrer leur première aventure dans un ouvrage justement intitulé Des dieux parmi les hommes. Pourtant, l’émergence de héros appelle inévitablement l’ascension de leurs contreparties. Et déjà, dans l’ombre, de nouveaux vilains tissent leurs propres plans pour venir à bout de cette Ligue de Justice nouvellement formée. Ce n’est encore que le commencement...
Pour ce premier arc, Geoff Johns et Jim Lee frappent très fort. C’est un énorme blockbuster qu’ils nous proposent, simple à lire, sans prise de tête et idéal pour découvrir l’univers DC. Je ne m’appesantirai pas sur les dessins de Jim Lee, il n’a rien perdu de sa superbe. Ses planches sont splendides, les splash-pages sont nombreuses et un véritable régal pour les mirettes. Les personnages illustrés par Jim Lee sont forts, massifs, beaux, superbes, nobles, de véritables icônes modernes. De ce côté-là donc, aucun souci. En ce qui concerne le scénario, Geoff Johns assure clairement le minimum syndical. Les six épisodes se lisent relativement vite, les personnages sont caractérisés assez sommairement. Ainsi, Green Lantern est une véritable tête à claques mais n’oublions pas que cette histoire se situe cinq ans dans le passé. De l’eau a coulé sous les ponts. La série Green Lantern actuelle le prouve d’ailleurs assez bien. On pourra également reprocher au scénariste star de DC sa décompression assez importante et surtout une structure d’épisode quasiment copiée-collée pour les quatre premiers épisodes. Les héros se rencontrent, ils se battent (souvent entre eux) puis débarque un autre héros. C’est ainsi que se succèdent Superman, Flash, Wonder Woman, Aquaman et Cyborg. L’ensemble fait donc très catalogue. Toutefois, ne nous leurrons pas, cette nouvelle série Justice League se lit avant tout pour les dessins de Jim Lee et le côté très fun, très blockbuster de son histoire. C’est simple, clair, dynamique et l’assurance de passer un excellent moment de lecture.
Enfin, l’épisode #06 comporte une back-up, toujours écrite par Johns et dessinée par Carlos d’Anda qui réintroduit le mystérieux Phantom Stranger ainsi que Pandora, personnage précédemment apparu dans Flashpoint #05 et qui a une part importante dans la refondation de l’univers DC. Lequel ? On l’ignore encore, mais le Phantom Stranger la met en garde. Ce qu’il s’est passé est grave, très grave. Un nouveau mystère donc, qui ne devrait pas tarder à mobiliser les principaux héros de l’univers DC. Mais qu’importe, une nouvelle Ligue de Justice est née, et elle veille au grain !
Parution française dans Justice League #01 : « Aux origines » ainsi que dans DC Saga #01 à #06.