Nous sommes le , bienvenue ! Derniers dossiers en ligne : En travaux


Dernières chroniques V.F.
Dernières chroniques V.O.

dimanche 1er mai 2011
par Soyouz

Interview de Yann Graf - Grant Morrison


Yann Graf est un des trublions qui sévit sur superpouvoir.com et s’est fait notamment remarqué dernièrement par son analyse fleuve du Batman de Grant Morrison. Peu étonnant donc de voir son nom associé à un ouvrage consacré à l’auteur chez les Moutons Électriques, même si on en sait assez peu sur lui. Tachons donc de remédier à cela.

(JPEG) Tout d’abord, bonjour Yann et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Peux-tu nous en dire plus sur toi, sur ton parcours ?

Très bien, msieur l’agent : Yann Graf, marié sans enfant, 33 ans, pas toutes ses dents. J’ai une formation d’archiviste et quelques diplômes en information et communication, j’ai bossé en librairie ainsi que dans la logistique. Mais je ne désespère pas qu’on m’annonce un jour que je viens d’une autre planète qui a explosé.

Comment t’es-tu retrouvé sur ces projets ? T’es-tu proposé à l’éditeur ?

En fait, ça a été un concours de circonstances. Jean-Marc Lainé avait évoqué son projet concernant Frank Miller sur le forum superpouvoir, donc par curiosité, j’ai été sur le site des Moutons et j’ai vu qu’il recherchait des essais de ce type. A l’époque, j’écrivais les posts concernant le Batman de Grant Morrison et je voulais étendre l’analyse à d’autres séries du scénariste. J’ai bossé un plan détaillé que j’ai montré à Jean-Marc qui a été de bon conseil. Puis je l’ai envoyé, agrémenté d’une note d’intention aux trois responsables des Moutons, Julien Bétan, Raphaël Colson et André-François Ruaud. Ils m’ont donné le feu vert après lecture.
Au départ, l’analyse ne portait que sur les œuvres "super-héroïques" de Morrison mais sur demande d’André-François, je l’ai étendue à l’ensemble de sa carrière. Comme le plan fonctionnait toujours, la question était de trouver la documentation complémentaire. C’est ici qu’est intervenu l’éminent Artemus Dada de superpouvoir.com et sa documentation hors pair. Grâce à son aide, j’ai pu accéder à certaines séries qui me manquaient (je pense notamment à New Adventures of Hitler, Dare ou les Swamp Thing en partenariat avec Mark Millar) et je me suis attelé à la rédaction.

(JPEG) Pourquoi ton choix s’est porté sur Grant Morrison ?

Parce que Frank Miller était pris...
Non en fait, c’est autant un choix de cœur que de raison. C’est un scénariste qui a maintenant trente ans de carrière, une œuvre importante autant en quantité qu’en qualité qui a été à l’avant-garde de plusieurs courants du comic-book et qui a réalisé autant des séries personnelles que des reprises de personnages connus. Mais c’est également un auteur qui joue avec ses références, avec sa relation au lecteur, avec la continuité et qui pose des questions concernant la politique, la philosophie, les croyances, la réalité, la sexualité, etc... Il est enfin moins connu en France (en dehors des cercles des fans de comics) que d’autres créateurs de sa génération. Du coup, j’avais le champ libre pour pouvoir traiter une masse importante d’informations.

Est-ce que tu as pensé au côté vendable de ton livre quand tu as fais ta proposition aux Moutons Électriques ?

Non, pas vraiment. J’ai surtout pensé à la ligne éditoriale de la collection et à l’idée de miroir de la réalité/reflet de la société.

Peux-tu nous parler un peu plus de (R)évolutions ? Quel est ton angle d’attaque ?

Il y a deux grandes parties : une partie "biographique" et un survol thématique et formel de l’œuvre.
Pour la première partie, j’ai retracé la carrière du scénariste et j’ai rédigé des résumés/analyses de ses différentes séries. Ceci permettait à la fois de faire connaître aux lecteurs des productions moins connues et de donner des pistes pour la seconde partie.
Celle-ci se divise en deux sous-parties : la première sur les parcours de ses héros (les figures habituelles et l’utilisation du sexe et de la violence) et la seconde sur la forme adoptée par Morrison à savoir le jeu des références, les allers-retours entre auteur et lecteur et la mutation de son style vers ce qu’il appelle "l’hypercompression" (des évènements, des idées etc...). Le but était de démontrer que Morrison a toujours essayé de se renouveler en tant qu’auteur, tout en gardant un discours subversif. D’où ce sous-titre de (R)évolutions qui résume les multiples aspects de sa carrière.

Hum, sans vouloir que tout soit dévoilé, aurons-nous la chance de voir Final Crisis sous un jour nouveau et surtout ... éclairé ?

Tu n’es pas le premier à me parler de Final Crisis et ta question soulève un point important dans l’élaboration du livre. Final Crisis a été énormément débattu depuis sa sortie sur le net. Or avec ce bouquin, je ne fais ni un plaidoyer ni un rapport de police. J’ai essayé de rédiger un livre qui pourra encore être lu dans 10, 15 ou 20 ans et intéressera des jeunes lecteurs de 12-13 ans qui veulent en savoir plus sur les comics, comme moi à leur âge, j’avais trouvé 93 ans de BD de Jacques Sadoul ou Comics USA de Marc Duveau. J’ai donc une chance par rapport au brouhaha du net : celle de pouvoir me positionner en dehors de ce type de débat "j’aime/j’aime pas".
La position hypocrite aurait été d’écrire "Final Crisis, on aime ou on déteste mais au moins ça ne laisse personne indifférent", ce qui ne veut rien dire. Dans la première partie, j’ai donc noté que Final Crisis n’avait pas rencontré le succès espéré et résumé les arguments des uns comme des autres. Mais dans la deuxième partie, j’ai pu utiliser plusieurs exemples de la mini-série pour aborder plusieurs points, parce que ça reste une production importante dans son évolution de scénariste autant sur le plan formel que sur le fond. Je n’ai pas eu à asséner mon avis sur la mini-série : le but n’étant pas de dire "ça c’est bien, ça c’est nul" (même si je me permets parfois de donner mon point de vue) mais plutôt "cet aspect-là est intéressant".
Ceci étant, ça ne m’empêche pas de songer à faire un post sur superpouvoir entièrement consacré à Final Crisis et qui s’inscrirait, lui, dans le débat du net.

Donc un éclairage sans opinion formelle qui nous permettra de nous (re)faire notre propre avis.
Tout à l’heure, tu évoquais tes recherches. De quel(s) genre(s) de source(s) as-tu besoin pour réaliser ce genre d’ouvrage ?

Comme c’est un scénariste que je suis depuis pas mal d’années, j’avais déjà lu et compilé beaucoup d’entretiens sur le net ou d’articles le concernant : les papiers de Scarce par Jean-Philippe Renoux ou l’article d’Olivier Thierry sur les Invisibles qui m’a fait découvrir la série, le dossier Vertigo coordonné par Patrick Marcel etc...
Le net est évidemment une source de documentation importante puisqu’on y trouve de nombreux blogs ou sites de passionnés : je pense notamment au site « deep space transmissions ».
Mais le cœur de l’ouvrage, c’est l’œuvre, l’œuvre et encore l’œuvre : c’était très important pour moi de toujours y revenir et de ne pas prendre pour argent comptant ce que les critiques en disaient. De la même manière, il fallait bien sous-peser les propos de Morrison qui varient suivant les époques et sa position au sein de l’industrie.
J’ai donc pris soin de retrouver ou commander ce qui me manquait et de prendre les notes, de le confronter à mon plan et de voir si les séries le contredisaient ou non. Concernant sa bibliographie, je possède désormais la quasi-totalité de ce qu’il a écrit. Pour le peu qui me manque, j’ai cherché des extraits et les résumés les plus précis et complets possibles.

As-tu senti le besoin de prendre contact avec Grant Morrison ?

Non, et pour deux raisons.
La première est pratique : c’est quelqu’un de très occupé, de très connu, de très demandé et je ne pense pas qu’il aurait eu du temps à m’accorder.
La deuxième est, comme je le disais plus haut, que l’important c’est l’œuvre et que celle-ci est assez explicite, je trouve pour se prêter à l’analyse. De plus, je ne ressens pas le besoin d’être "ami" avec un auteur que j’apprécie.
Je trouve même, à un autre niveau, malsain, ce culte de la personnalité des auteurs dans notre société. Je n’ai pas besoin de savoir ce qu’il prend au petit déj’ ou comment il a rencontré sa femme pour m’intéresser à son travail et le trouver parlant en tant que reflet de la réalité.
Cette culture des anecdotes ou des ragots m’est assez étrangère : j’ai pris garde de ne pas trop faire dans le "Closer" ou la familiarité (je me refuse à l’appeler "Grant" par exemple). C’est aussi la marque d’un certain respect : le peu que je donne sur sa vie privée vient de déclarations répétées et assumées (je pense notamment à la "véritable identité" de Mr Quimper dans les Invisibles). La ligne blanche c’était la relation avec Mark Millar puisqu’on est à la fois dans l’intime et le professionnel.
Je pense, en outre, qu’on a toujours du mal à être juge et partie. Être lié à quelqu’un trouble le jugement.
Si je devais faire un entretien avec Grant Morrison, j’opterais plus pour un ouvrage entier. Maintenant que le livre est terminé, ça ne me dérangerait pas.

Plus on avance dans cet entretien, plus je trouve que tu es dans la même ligne de conduite que Jean-Marc Lainé qui dit ne s’intéresser qu’au corpus qu’à l’auteur en lui-même. Un hasard ?

Bon, ça va faire brosse à reluire mais les articles de Jean-Marc Lainé dans Scarce étaient parmi ceux qui m’intéressaient le plus et j’ai surement été influencé par sa manière d’aborder le comic-book, bien qu’on ait souvent des avis diamétralement opposés sur certaines séries.
De plus, il a du connaître les mêmes soucis avec Miller que moi avec mon sujet à savoir le décalage entre l’image que l’auteur renvoie ainsi que ses déclarations et le résultat sur papier.
Je vais prendre un exemple : si tu lis les interviews du Morrison trublion des années 80 et de celui installé des années 2000, tu pourras trouver tout et son contraire concernant les mêmes sujets à commencer par son approche des super-héros. Au final, ce qui reste c’est l’œuvre imprimée.
Enfin, ça me rassure que tu signales cette ressemblance puisque Jean-Marc est un scénariste pro, il a été éditeur : il est le mieux placé pour savoir que le processus créatif fait ressurgir des choses inconscientes chez les auteurs (des influences, des points de vue, des contradictions également).
Pour prendre un autre exemple : regarde les documentaires consacrées à John Ford dans lesquels celui-ci envoie bouler ses interlocuteurs sur la signification de ses films. Je crois que quand tu entreprends ce type de travail, il faut savoir où tu te situes et quelles sont tes limites : je ne suis qu’un lecteur qui propose des clés à d’autres lecteurs, je ne suis ni son psy ni son confesseur et encore moins Moïse qui redescend avec les tables de la Loi.
Le but premier c’est de faire (re)découvrir l’œuvre.

Comment s’organise le travail de rédaction de l’ouvrage ?

Le premier pas a été le plan : un plan extrêmement détaillé, puisque j’avais déjà ressorti quelques idées directrices du travail concernant son Batman. L’organisation et l’agencement des idées ont été assez rapides, en fait. Je venais de relire ses Animal Man, ses Doom Patrol, ainsi que quelques séries plus courtes donc j’avais encore en tête les points communs dans la progression de ses héros ou au sein des thèmes abordés. Une fois que le plan a été validé, j’ai enchaîné sur une lecture intensive, avec des notes : il s’agissait de "remplir les cases" de mon plan. En parallèle, j’ai pris quelques jours pour me refaire toutes les interviews et articles disponibles.

Pour essayer de trouver le ton juste, je me suis lancé dans un long article concernant les New X-Men, pour vérifier si tout concordait et fonctionnait. Une fois celui-ci rédigé, je me suis lancé dans la rédaction proprement dite. Il faut savoir que les Moutons privilégient la collaboration et Raphaël Colson, qui est mon correcteur sur le texte a été d’un grand secours. En effet, la première partie, celle biographique était trop bourrative et il a eu la bonne idée de me proposer de la réorganiser en différentes sous-parties. On a donc un texte qui suit les différentes étapes de la carrière, entrecoupé d’encarts consacrés à des séries : certaines connues (Animal Man, Les Invisibles, Batman) d’autres moins (Bible John ou Big Dave , les courts récits de Vérotika). On y trouve également de nombreux projets avortés très intéressants quant au recyclage de ses idées. La première partie a été la plus longue à rédiger.

Par la suite, j’ai dû aménager mon temps de travail (j’étais en formation) avec la rédaction de la partie "analyse". J’ai rédigé celle-ci de manière moins linéaire, j’ai un peu jonglé avec les idées, je sautais d’un paragraphe à l’autre quand une formule me venait. C’était la partie la plus stimulante mais également la plus compliquée : il fallait que je sois sûr que le propos n’était pas perdu dans les exemples, que ceux-ci étaient clairs et lisibles, et que le tout se déroulait de façon naturelle. Ici encore, Raphaël a été d’une grande aide pour les reformulations ou les éclaircissements nécessaires.
Au final, ce qui m’a rassuré c’est que malgré mes improvisations, je retombais constamment sur mon plan de départ.

Et pour l’iconographie, comment cela se passe ?

Pour l’icono, Raphaël m’a demandé de reprendre toutes les sous-parties et idées du plan et de constituer des dossiers de cases ou couvertures signifiantes. En complément, je lui envoie un fichier word détaillant le contenu et les auteurs de ces mêmes cases. J’essaie également de lui faciliter la tâche en les divisant en sous-dossiers. Par exemple pour Flex Mentallo : j’ai constitué des mini-dossiers "autobiographie", "transhumanisme", "création et métadiscours". De cette façon, certaines cases pouvaient servir pour illustrer l’encart concernant Flex Mentallo et d’autres pour la 2e partie d’analyse.
C’est ensuite Raphaël qui sélectionne dans ces dossiers et qui réalise la maquette. Pour donner une idée plus précise, j’avais proposé 8 illustrations pour les quatre pages couleurs qui ouvrent le livre : c’est ensuite Raphaël qui a sélectionné celles qui lui semblaient les plus belles et les plus efficaces. Je passe ensuite en revue les choix de maquette afin de voir si ça correspond au texte et je demande des modifications le cas échéant. Je rédige ensuite les commentaires des illustrations avec les références pour les couvertures et les cases utilisées.
La couverture, superbe, réalisée par Sébastien Hayez est issue du même genre de concertation.

Si je comprends bien, il y a eu beaucoup d’allers-retours entre toi et ton éditeur sur le sommaire, le contenu et l’iconographie ?

Pas tant sur le fond du contenu, mais sur la forme : les corrections se font facilement. Raphaël me renvoie le texte avec en jaune, les phrases à modifier et en rouge des propositions. De mon côté, j’ai relu également assez souvent le texte et j’y apportais des modifications. C’est vraiment un travail de collaboration.

Combien de temps il faut pour écrire ce genre d’ouvrage ? Quelle part prend l’analyse ?

*consulte son agenda*... J’ai envoyé le plan fin juillet, puis j’ai accumulé la doc et j’ai procédé au travail de relecture et de prises de notes en août. J’ai envoyé une première salve fin septembre et c’est suite à ces textes que Raphaël m’a contacté et a proposé que je distingue les résumés du corps du texte. J’ai rendu ma première partie vers la fin novembre. J’ai ensuite enchaîné sur l’analyse jusque début janvier. En parallèle, j’ai débuté les corrections. J’ai ensuite rédigé un avant-propos, le texte de 4e de couverture, disponible également sur le site des Moutons et j’ai envoyé des fichiers concernant la documentation et la bibliographie (le tout sur janvier-février).
En gros, la gestation a pris sept mois. Suivie d’un mois pour rectifier la maquette et l’iconographie.

Ah ouais, c’est intensif quand même. Et comment on arrive à concilier son vrai emploi (ta formation, puis ta recherche), avec ce travail qui est en plus, et pas celui auquel tu peux y passer le plus de temps ?

La drogue.

Déjà : j’aime bien lire et écrire et ce, depuis tout jeune, donc ça ne m’a paru si intensif. D’autre part, j’ai la chance d’avoir une épouse qui fait office de relectrice et de conseillère avisée. L’idée de la grenade sur la couverture, c’est elle.

Et la drogue, donc.

C’est ce que faisait Morrison a une époque aussi, non ?!
Sinon, est-ce qu’il y a d’autres projets (thème, auteurs) que tu aimerais écrire ?

J’en ai d’autres en tête, oui, mais je préférais fignoler celui-ci.
J’ai déjà des notes et des dossiers avec des noms dessus. Il faut juste que j’ai le temps d’organiser tout ceci dans un plan détaillé. Mais je peux déjà te dire qu’on m’a donné le feu vert pour un volume concernant John Byrne.

Ah, mais voilà une information intéressante qui devrait ravir le créateur de France-Comics. Moins mon banquier par contre.
Qu’est-ce qui te plait dans l’écriture d’essai, de monographie ?

La place. Pouvoir prendre son temps pour expliquer un point de détail. Pouvoir poser sa pensée, l’organiser. Éviter les raccourcis ou le prêt-à-penser qu’on trouve trop souvent dans la presse. Avoir cette latitude aujourd’hui, cette possibilité de recul, c’est devenu précieux.
Pouvoir remettre en cause certains présupposés, par exemple l’idée très répandue en France que l’auteur est un génie dont l’inspiration lui arrive directement du St Esprit et lui est soufflée par les anges. Morrison (comme Moore ou d’autres), c’est avant tout quelqu’un qui bosse ses scripts et qui s’inscrit dans une industrie pavée par d’autres bosseurs. Et pouvoir multiplier les coups de chapeaux à Steve Englehart ou John Broome, c’est un vrai plaisir.
Le fait de ne pas être bridé par une ligne éditoriale également : je dois dire que sur ce point, les Moutons sont des collaborateurs précieux. Ils sont exigeants quant à la qualité du travail mais ils n’ont jamais modifié mon propos ou m’ont demandé de le faire. C’est extrêmement stimulant d’avoir ce genre de rapport. Ça met également une pression, une certaine responsabilité.
Enfin, leurs maquettes sont vraiment très belles, très pensées : les ouvrages précédents sur Kirby, Steranko et Moore sont costauds et je suis sûr qu’il en sera de même pour les Miller et "Mythe et Super-Héros".

Et ce qui ne te plait pas ?

Sincèrement, rien. C’est l’expérience d’écriture la plus intéressante et stimulante que j’ai connue.

Après avoir décortiqué ses comics, penses-tu arriver encore à lire un titre de Grant Morrison sans l’analyser ?

Je me suis toujours intéressé à la façon dont on racontait les histoires autant qu’aux histoires elles-mêmes, donc je n’ai jamais séparé le plaisir de la lecture et celui de l’analyse. D’ailleurs, je ne sais même pas ce que cette distinction veut dire. Ça me vient automatiquement et c’est à mon avis la même chose pour tout le monde : je ne souscris pas au "temps de cerveau disponible", c’est stupide. Même quand on regarde une grosse connerie à la TV, on est actif.
Par contre, j’avais une crainte en commençant l’ouvrage : être dégouté des travaux de Morrison. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : j’ai pris un réel plaisir à en relire certains. Un peu comme un manège épatant : à peine descendu, tu as de suite envie d’y retourner.

Est-ce que tu as pu déterminer quel est ton titre de Morrison préféré ?

Ça varie suivant les jours. Mais j’ai une nette préférence pour ses séries au long cours comme Zenith, Les Invisibles ou New X-Men, puisqu’il a vraiment le temps d’avancer ses pions et de développer ses idées, de varier les plaisirs. Je pense que ça vient aussi du fait que j’adore les super-héros et que le côté feuilletonesque est très lié à leur existence.
JLA est le premier titre de l’auteur que j’ai suivi avec assiduité, et bien évidemment son Batman (qui reste mon héros préféré tous médias confondus) est ce qui arrivé de mieux au personnage depuis la série animée des 90s.
Enfin, pour une raison plus personnelle, All-Star Superman occupe une place à part.
Mais si on me présente Bible John, Flex Mentallo ou New Adventures of Hitler comme ses meilleures œuvres, je ne le contesterai pas.

Que ressent-on quand on publie son premier livre ?

On est encore dans les finitions, donc je n’ai pas totalement réalisé, mais la découverte de la couverture a été un beau moment.

Pas de stress, notamment sur l’accueil du public ?

On ne peut pas être juge et partie. J’ai essayé de faire le livre que j’aimerais trouver dans une médiathèque sur le sujet. J’espère que ça intéressera un grand nombre de lecteurs et que ça donnera envie de découvrir les titres présentés.

Quel calme. La drogue sûrement !
On va terminer par les questions traditionnelles sur France-Comics :
- Quelle question aurais-tu aimé que je te pose ?

Comment fais-tu pour être aussi séduisant et garder ce teint de jeune fille ?

- Quelle question aurais-tu aimé que je ne te pose pas ?

Est-ce que tu te présentes pour 2012 ?

- Et quelles auraient été les réponses ?

"no sport"

et

"si on veut qu’un truc soit bien fait, autant le faire soi-même"

Il parait, oui. C’est sans doute pour cela que tu as écrit toi-même le livre sur Morrison que tu voulais voir dans les bibliothèques ...
Encore merci Yann d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

Merci à toi. C’était ma première interview !
Bon courage pour la suite de votre excellent site.

Envie de discuter à propos de cet article ?
Créez un topic sur notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/

Une erreur ? Un oubli de notre part ?
Pas de soucis : envoyez-nous un mail pour que nous corrigions francecomics@gmail.com

Cet article a été lu par 2357 visiteurs

France-Comics est un site animé par des rédacteurs bénévoles. Vous pouvez prendre contact avec nous via notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/