Bonjour Alex. Me suis-je trompé dans cette rapide biographie ?
Oui
Je ne peux pas laisser dire des choses pareilles. Cette interview est terminée, Monsieur Soyouz. Et la prochaine fois que je vous croise, j’achète un chien pour l’occasion. Un gros.
Souhaites-tu alors rajouter quelques précisions ?
Hum. Très occasionnel, comme chroniqueur (j’ai dû faire deux articles dans le mag Star Wars à l’époque de son lancement). Avant tout, je suis scénariste de BD (pas vraiment chez Delcourt, d’ailleurs, quoi que Spawn : Simonie pourrait bien ressortir chez eux) et, en effet, traducteur depuis une dizaine d’années. De la chronique et des articles, j’en ai fait pour pas mal de fanzines il y a très longtemps, pour quelques magazines il y a moins longtemps, et maintenant plutôt sur internet. Après, tout ça se mélange un peu, ce sont des pans de mon travail qui interagissent les uns avec les autres.
Quant à mes idoles, oui, John Ostrander et Howard Chaykin, je plaide coupable, c’est vrai, je les adore. Ce ne sont pas les seuls auteurs de comics que je vénère, mais ils sont au pinacle de mon panthéon personnel. Ce sont des auteurs que j’ai découverts quand je me suis mis à la VO. Outre leurs grandes qualités (Ostrander est assez sous-estimé, mais c’est un fabuleux conteur, un type qui sait faire vivre ses personnages, et qui a un grand sens de l’ironie, qui sait équilibrer artistement le rire et les larmes), ils ont un petit côté madeleine de Proust, pour moi, du coup. Mais sinon, il y a Alan Moore, aussi. Et Jim Starlin. Et Warren Ellis. Et plein d’autres, pour plein de raisons.
Voilà, tu vois bien, c’était tout nul, ta présentation. Rhaaa, je te jure, faut tout faire soi-même, de nos jours.
Bon, je vais donc essayer de me rattraper un peu. Il se dit dans les milieux très autorisés que tu es le plus grand des traducteurs. Il y a du vrai dans cette affirmation ?
Ben... Il suffit de me voir à côté de Jérôme Wicky. Je fais genre trois têtes de plus que lui. Par contre, je dépasse pas Patrick Marcel de beaucoup. Il est grand, l’animal.
En 2002, tu avais déjà participé à une série d’interviews sur le même thème. Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis, dans ce métier ?
Beaucoup de choses, et pas tant que ça tout en même temps. D’un côté, je me suis aussi nettement installé comme scénariste. Rien que le succès du Spawn : Simonie aux USA me permet d’être “connu” quand je rencontre des auteurs anglophones, c’est assez confortable, quand on doit discuter avec eux. Et ça me crédibilise aussi en tant que traducteur, par contrecoup.
Par ailleurs, je me suis diversifié, travaillant avec d’autres éditeurs, dont Panini, le plus gros sur le marché du comics, et Delcourt, qui s’est durablement installé sur ce créneau. Ça me permet d’avoir du travail en permanence. Et avec le temps, je me suis taillé une bonne réputation professionnelle. Certains éditeurs vont me confier certaines séries parce qu’ils savent que je pourrais en tirer le meilleur au niveau traduction. Donc oui, ça a pas mal changé. Je suis très officiellement reconnu comme un professionnel de la profession. Là encore, c’est assez confortable.
Intéressant. Et donc, d’après toi, comment savent-ils quelles séries peuvent t’être attribuées ?
L’attribution d’une trad se fait selon trois facteurs :
- la panique, genre on trouve le premier traducteur vaguement dispo pour faire le boulot qui aurait dû partir chez le lettreur avant-hier (j’exagère, mais il y a de ça, parfois) (je dis très rarement non, et ça me fout dans des galères pas possibles pour tout rendre dans les temps, d’ailleurs).
- la confiance de l’éditeur, genre untel sait que j’ai assuré sur des polars et va me redonner d’autres polars du même genre. Ou sur des trucs barrés en vrille avec plein de jeux de mots idiots, les éditeurs finissent par savoir que je rends des trucs assez rigolos, alors ils m’en refilent d’autres.
- Les préférences du traducteur qui, dès qu’il apprend que l’éditeur est en train de négocier les droits de ceci ou de cela, fait du lobbying pour obtenir la trad. Des fois, ça marche, et des fois pas.
Après, il m’arrive (rarement) de dire non à un éditeur. Genre on m’avait contacté pour un truc sur le hip-hop, je n’y connais rien, ce n’est pas ma culture, j’aurais rendu un boulot pas bon. J’ai refusé et donné les coordonnées d’un collègue qui assure pour ce genre de trucs. à l’inverse, il m’arrive de dire oui et d’accepter des trucs lamentables juste parce que je suis en galère de pognon.
Mais le fait est, en tout cas, que plus on fait ce métier longtemps, plus on est connu par les éditeurs, qui peuvent du coup profiter des points forts qu’on a éventuellement.
Et est-ce qu’être reconnu ne te donnes donc plus le besoin de prospecter pour avoir des traductions (hormis dans les cas de lobbying comme tu l’as précisé précédemment) et donc te permet de ne plus « être en galère de pognon » ?
Je suis quand même assujetti au planning de mes éditeurs, qui coïncide rarement avec les moments où je dois racheter une machine à laver ou un chauffe-eau. Mais en effet, avec ce genre de rapports de travail suivi, je n’ai plus réellement besoin d’aller prospecter (quoi que ça puisse m’arriver encore). Ça me permet de concentrer les prospections sur l’autre versant de mon travail, le scénario.
Je prépare tout de suite une interview pour ta partie « scénariste de comics » ?
ben, si tu veux....
Je fais chauffer le clavier. Mais revenons au sujet du jour. Avant d’être officiellement reconnu, comment s’est passée la transition de Semic (actuellement en hibernation), qui était ton seul éditeur, vers d’autres ? A-t-elle été difficile ?
Ça a été un peu complexe. Semic, ça a explosé assez brutalement. Cela faisait des années que je travaillais avec les mêmes gens qui étaient des amis. D’un coup, la moitié d’entre eux a été envoyée se faire pendre ailleurs (l’autre moitié a suivi un peu plus tard). J’avais très peu fait de traduction en dehors de Semic à l’époque et il a fallu que je démarche des éditeurs, que je fasse la tournée et parfois que je travaille un peu en dehors de l’édition. J’ai été quand même beaucoup aidé par le fait que deux des personnes avec lesquelles je travaillais à l’époque ont retrouvé des postes chez deux autres éditeurs, Delcourt et Bamboo. Si l’expérience Bamboo n’a pas duré très longtemps (éclectique, leur ligne de comics n’a pas convaincu le lectorat, malgré quelques très beaux bouquins), je me suis installé durablement chez Delcourt. A l’arrivée, il y aura eu un peu plus d’un an de grosses turbulences pour moi (aggravées par le fait que je venais d’emménager dans une vieille bicoque qu’il s’agissait de retaper, autant de temps qui n’était pas passé à traduire). Puis j’ai commencé à travailler avec les Humanoïdes Associés (un peu de traduction, mais aussi du scénario). Finalement, Panini m’a contacté. J’avais envoyé un CV, et puis j’avais attendu. Et à force d’absorber des catalogues (coup sur coup, DC, puis Wildstorm et Vertigo, puis Virgin Comics), Panini a eu besoin de nouveaux traducteurs pour appuyer ceux qui étaient débordés. Du coup, mon problème actuel, c’est que j’ai presque trop de travail comme traducteur, et moins de temps pour écrire sur des projets personnels.
Quels sont les titres que tu traduis actuellement ?
Les séries que je traduis régulièrement sont Spawn (épisodes récents dans le magazine, et intégrale des vieux épisodes), The Boys (ma capacité à trouver plein de gros mots, dont certains que personne connaît, y trouve à s’exprimer), Criminal (c’est de l’excellent polar dans le style de feu Richard Stark), Wildcats... Après, je vais faire pas mal de one-shot Vertigo, de choses dans le genre. Je viens de faire V for Vendetta, aussi.
En règle générale, on me confie plutôt des choses à destination des adultes, des trucs assez noirs. Mon style se prête bien à ce genre de bouquins. Et aussi des trucs avec de l’humour très noir (The Boys, Wormwood), sur lesquels je m’amuse bien (et les lecteurs aussi, semble-t-il).
Ah, V pour Vendetta, mon premier Alan Moore. Pas trop difficile à traduire ? Pas trop de pression ?
Ce n’est pas la première œuvre de Moore que je me retrouve à traduire, mais si, un peu de pression quand même. Bon, j’en profite pour préciser : si vous voulez vous faire un karaoké avec la VF de la chanson Vicious Cabaret, prenez ma version, normalement, elle colle à la musique.
Quels sont les autres titres d’Alan Moore que tu as traduits ?
La première série de Top 10, ce qu’il a fait sur Spawn et le deuxième tome de Suprême. Mine de rien, ça représente quelques centaines de pages...
On va rester sur V. Comment procèdes-tu quand un livre a déjà été traduit ?
Déjà, j’ai évité soigneusement de relire l’ancienne trad. Je l’ai depuis 20 ans, le l’ai relue des tas de fois, et pourtant je ne veux pas qu’elle m’influence. Ce qui rend le truc infernal, parce qu’il y a des répliques que je connais par cœur, dans cette trad. Même sans remettre le nez dedans, elle est toujours dans un coin de ma tête.
Par contre, je m’y suis référé un certain nombre de fois, quand je butais sur des soucis (références, jeux de mots, difficultés diverses) pour voir comment le collègue à l’époque s’en était tiré (généralement, très bien). Mais souvent, m’y référer, c’était pour mieux m’en écarter. Parfois pour comprendre son analyse et la pousser plus loin. Parfois pour m’en écarter délibérément. Face à un problème de trad insoluble, un traducteur est parfois amené à “tricher”, à retravailler le texte lui-même pour faire passer l’effet scénaristique. Forcément, le cas s’est posé à mon confrère à l’époque. Et par endroits, il a bricolé, il a “triché” avec le texte parce qu’il n’avait pas le choix. Et forcément, je me retrouve à tricher aussi au même endroit, pour les mêmes raisons. Et donc à m’imposer de tricher différemment, de mettre ma propre patte. Pour citer un exemple, dans la scène où V débarque chez le prêtre, V se présente, en VO, en citant les Rolling Stones (un passage de Sympathy for the Devil). Le problème est double : c’est une chanson, la traduire la rend méconnaissable ET l’affaiblit. L’astuce trouvée par mon collègue a consisté à placer une référence autre, mais plus directement accessible, et véhiculant la même imagerie (le diable). Il a choisi, si je ne m’abuse, une citation du Faust de Goethe. Placé dans la même situation, je ne peux pas “copier” en utilisant la même citation. J’ai donc placé une citation de Baudelaire (dans les Litanies à Satan). Dans les deux cas, c’est du bricolage. Le choix de mon collègue avait le mérite de répondre à un autre passage de la BD (ou V cite nommément le docteur Faust), mais il était moins subtil (la citation qu’il a choisie parle nommément du Diable, alors que l’original ne faisait que suggérer la référence), le mien est un poil moins cohérent (mais si V cite Goethe, il doit probablement aussi lire Baudelaire), mais permet de garder le même niveau de subtilité que l’original (le diable n’est pas nommément cité dans les deux vers que j’ai restitués, par contre, le lecteur qui repère la référence sait qu’ils sont suivis par “ô Satan, prends pitié de ma longue misère”).
Après, mon interprétation de certaines choses n’est pas toujours la même. Sans volonté de m’écarter particulièrement du travail déjà accompli, il m’est arrivé de réinterpréter certaines choses. Les rapports entre Finch, le policier du Nez et Dominic, son adjoint, sont différents dans ma version : ils se vouvoient alors que dans l’ancienne traduction, ils se tutoyaient. Là encore, les deux versions sont défendables (deux collègues se tutoient vite, mais quand la différence d’âge et de rang est importante, le plus jeune a tendance à s’en tenir au vouvoiement) mais la mienne correspond à mon ressenti personnel des rapports entre ces deux personnages.
Après, il y a des trouvailles que j’ai gardées. Le “Leader” de la VO reste “le Commandeur” dans ma version, ce qu’il était déjà dans l’édition Zenda des années 80. Le sens est le même, mais en Français, on gagne aussi cette sensation de pouvoir un peu écrasant, hautain, celui de la statue du Commandeur dans la pièce de Molière.
Mais bon, V for Vendetta, c’est un véritable chef d’œuvre, je le place dans le trio de tête des œuvres absolument majeures de Moore avec Watchmen et From Hell. La responsabilité, quand on traduit un bouquin de ce calibre est déjà écrasante. Quand en plus on sait qu’on sera jugé aussi en fonction d’une traduction précédente, largement diffusée, qui aura créé une “tradition textuelle”, ça devient même carrément effrayant. J’espère que je m’en suis bien tiré. Mais ce n’est plus à moi de le dire, ça.
Globalement, aujourd’hui, tes difficultés sont-elles les mêmes qu’il y a 7 ans ? En quoi es-tu meilleur ?
Non, les difficultés ne sont plus les mêmes. Déjà, il y a des choses que je ne voyais pas à l’époque dont je suis conscient maintenant, de nuances de langage, des choses comme ça, auxquelles je suis plus sensible. Des références, aussi.
Du coup, j’approfondis plus mon travail de traducteur, mais je peux aussi travailler plus vite, plus efficacement. Et sur certains auteurs, à forces, je finis par avoir une bonne compréhension de leurs mécanismes créatifs, ça me permet de trancher plus facilement en cas d’ambiguïté, ça me permet d’anticiper. Et parfois, aussi, de ne pas me prendre la tête, tout simplement (bon, on en revient à la question précédente : oui, sur V for Vendetta, je me suis bien pris la tête. Mais sur Gears of War, par exemple, beaucoup moins). En tout cas, l’expérience me permet de faire des choix de traduction plus rapidement et plus efficacement, de trancher avec moins d’états d’âme. Et aussi, et c’est important, de me faire plus souvent plaisir en travaillant ! C’est important, ça, l’aspect plaisir dans le travail, quand on fait ce genre de truc.
Comment se passe le travail avec les éditeurs ? Le fonctionnement est le même pour Delcourt et Panini ?
Grosso modo, oui. On m’envoie un boulot et un délai. Je renvoie à peu près dans les délais. Je suis payé ensuite.
Dit comme ça, c’est pareil. Ensuite, ce ne sont pas les mêmes personnes, pas tout à fait les mêmes procédures, pas les mêmes relecteurs derrière. Et chez Bamboo, il y avait d’autres différences, et aux Humanos encore d’autres, et chez Semic (où j’ai appris le métier), c’était encore pas tout à fait pareil. Mais à l’arrivée, il s’agit de traduire des comics, les contraintes techniques sont à peu près les mêmes partout.
Tu évoquais ta capacité à trouver des gros mots. Mais quand tu dois utiliser un vocabulaire particulier (héroïc-fantasy, moyen-âge, science-fiction, ...), as-tu besoin de faire des recherches ?
Parfois. Il y a certains registres que je maîtrise bien (moyen-âge, SF, polar) d’autres qui peuvent me poser souci (jargon professionnel particulier) et sur lesquels il faut que je creuse.
Mais Google est mon ami.
Un informateur discret m’a aussi parlé d’une impressionnante bibliothèque ...
Mais la bibliothèque est un outil important. Des tas de sortes de dicos professionnels. Des bouquins sur tout et son contraire. Des BDs et des comics en piles instables. Et ça nourrit aussi mon activité d’auteur.
Est-ce qu’il y a un titre qui t’a déjà mis mal à l’aise (par les dessins, le sujet traité, le vocabulaire, ...) ?
Non, parce que j’ai toujours la possibilité de refuser une traduction. Mais bon, si je me choquais facilement, je ne traduirais pas The Boys, par exemple (qui est sans doute le truc le plus ordurier que j’ai jamais traduit) (et j’adore).
Voilà une belle transition : quel(s) plaisir(s) trouves-tu dans ce métier ?
Le plaisir de découvrir des trucs que je n’aurais peut-être pas lus sans ça et que mon éditeur me demande de faire. Le plaisir de me confronter à la prose d’auteurs que j’aime. Le plaisir d’écrire même si ce n’est que l’adaptation des histoires des autres. Le petit plaisir prosélyte de rendre accessible au lectorat français des œuvres qui, sans ça, ne serait réservées qu’au petit cercle des VO-philes. Et puis le plaisir de me colleter avec le texte, de me bagarrer avec, de lui faire cracher ce qu’il a à dire, de résoudre les problèmes qu’il me pose.
Sur quel(s) titre(s) as-tu retrouvé cela ?
Il y en a eu tellement... Mais dernièrement, un de mes gros plaisirs, ça aura été le Suprême d’Alan Moore. Il y a un chapitre où Suprême se retrouve projeté dans l’univers mental de Jack Kirby, il a fallu jouer avec plein de références (des références à réinventer, je précise, parce que même si les personnages que croise Suprême sont reconnaissables, les noms ont été changés, et il a fallu recréer des noms et un feeling de vieille VF, plus un jeu sur les niveaux de langage, genre les dieux nordiques qui parlent comme dans un épisode de Thor traduit par Geneviève Coulomb, un super nazi qui parle avec un verdammte accent allemand d’opérette, etc... Je m’éclate, avec ce genre de trucs. Mais j’adore aussi faire The Boys, qui me permet de mettre des mots comme “braquemard”, “coquillard” ou “lope” dans une trad.
Après, il y a les séries sur lesquelles j’ai beaucoup travaillé, comme Spawn. Me remettre à la trad dessus, c’est retrouver de vieux amis. D’autant que j’ai un rapport particulier avec Spawn, puisque j’en ai été brièvement l’auteur.
D’ailleurs, sur Spawn , qu’est-ce que cela fait de retravailler sur des pages que tu avais traduites il y a plusieurs années ?
Le plaisir de remanier les points les moins bons, d’affiner les détails, d’améliorer le résultat.
Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans ce métier ?
Les délais trop serrés (mais j’arrive à les tenir), les longues phases de relecture pour traquer la faute d’orthographe, de style ou de référence. Et puis les BDs vraiment trop mauvaises, celles où l’on a, tout du long, cette vilaine tentation de vraiment retravailler le texte pour que ce soit moins pourri. Ça ne m’est pas arrivé trop souvent, mais c’est déplaisant.
En 2002, le travail de traduction dont tu étais le plus fier était Authority. C’est toujours le cas aujourd’hui ?
Je suis très content du Cycle des Epées (une erreur de maquette fait que je ne suis pas crédité, c’est rageant), de Suprême, de The Boys.... De plein de trucs, en fait.
Très éclectique comme sélection. A l’inverse, quel est celui pour lequel tu es le moins satisfait ?
Je vais pas le dire, l’éditeur ferait la tronche. Mais c’est anecdotique, de toute façon. Un truc pas terrible accepté pour le pognon et très vite torché.
Justement. Aujourd’hui, est-ce qu’il y a des comics (titre ou genre) que tu refuserais de traduire ?
De façon catégorique ? Pas forcément. Mais il y a des adaptations de trucs qui ne m’inspirent pas, par exemple, genre ces romans de fantasy générique et de vampires, je trouve déjà ça lourdingue en roman, alors en adaptation des romans, bof. (attention, je ne suis pas contre les adaptations, je viens de faire un Solomon Kane, par exemple). Bon, si c’est la panique à bord, je peux accepter des trucs urgents, même si ça ne me plaît pas, si ça peut dépanner (ou que j’ai besoin des sous, bien sûr). Mais bon, un truc comme La Tour Sombre, par exemple, ça m’embêterait d’avoir à le faire, parce que je n’aime pas beaucoup ce que fait Stephen King. Mieux vaut qu’un fan s’en charge, ce sera forcément meilleur.
Pour le coup, la place est déjà prise et bien prise. Quel(s) titre(s) aurais-tu aimé(s) traduire ? J’ai cru savoir que tu aurais bien apprécié travailler sur le Luther Arkwright de Bryan Talbot.
J’aurais aimé pouvoir continuer Planetary et Authority, faire Transmetropolitan. Bon, Jérémy Manesse les a eus, ces bouquins. Le veinard ! En plus il a fait du bon boulot dessus, donc je n’ai rien à dire. Le Star Wars Legacy, aussi, ça m’aurait plu.
Quel(s) titre(s) aimerais-tu traduire ? Il y a peut être de bonnes idées à donner aux éditeurs !
Hitman, de Garth Ennis, Ocean, de Warren Ellis.... Grimjack, de John Ostrander...
Décidemment, il y a des auteurs qui reviennent souvent. Pourquoi ces titres ?
Hitman parce que c’est drôle, Ocean parce que c’est de la SF comme je l’adore, et Grimjack parce que c’est tout simplement génial.
Hum, présenté comme cela, c’est vrai que cela donne envie. Que penses-tu du marché actuel du comics VF ?
Hum. Question difficile. C’est un marché qui ne se porte pas mal, mais qui est largement dominé par un acteur unique, Panini, qui détient l’essentiel des grosses licences, les autres se partageant les miettes (de grosses miettes quand même, dans le cas de Delcourt, numéro 2 du secteur). Cela créé un marché un peu étrange. Mais j’admire les efforts de boîtes comme Kymera et Wetta qui essaient de tirer leur épingle du jeu avec peu de moyens.
Quels sont tes comic-books du moment ?
Du moment ? Grave question, vu que mes derniers achats étaient deux essentials de chez Marvel, Doctor Strange T4 et Thor T4. Du très vieux matos, donc (mais qui barde bien). Mais sinon, je continue à suivre avec un grand intérêt les Daredevil de Brubaker (tiens, voilà un truc que j’aurais bien aimé avoir eu à traduire, pour le coup). Sinon, j’adorerais que Ellis et Templesmith sortent la suite de Fell (voilà encore un bouquin que je suis très content d’avoir traduit). Je suis aussi des trucs comme Jonah Hex (mais je suis partial dès qu’il s’agit de Western). Mais bon, je ne sais pas si je suis vraiment bien placé pour répondre à une question pareille, au moment où les deux majors m’ennuient de plus en plus avec leurs crossovers à rallonge qui noient les séries intéressantes, du coup.
On va terminer avec les questions traditionnelles de France-Comics :
- Quelle question aurais-tu aimé que je te pose ?
Pfouh ! J’en sais trop rien !
- Quelle question aurais-tu aimé que je ne te pose pas ?
Un peu pareil.
- Et quelles auraient été les réponses ?
Dans le premier cas, une jolie réponse fleurie. Dans le deuxième, deux tartes dans la gueule. Pourquoi ?
Parce que je pensais que tu avais plus d’imagination. Heureusement que l’interview est terminée. Et je garde les deux tartes pour le gros chien.
Oui, mais quand l’interview s’est terminée, il était onze heures passée et je venais de mettre un point final à un gros script (pour un prochain album) qui m’avait bien épuisé.
Et pour citer un grand philosophe de notre temps (Monsieur Lainé), “gna gna gna”.
Encore merci Monsieur Nikolavitch d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !
Mais de rien, c’est toujours un plaisir !