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mardi 3 mars 2009
par Christophe Colin

Interview de Tanguy Mouchot


Lors du festival BD d’Angoulème, j’ai pu interviewer Tanguy Mouchot, le petit-fils de Chott pour le retour de Fantax en souscription.

Bonjour, qui es-tu ?

Je suis Tanguy Mouchot, le petit-fils de Pierre Mouchot alias Chott (la fin de son nom de famille et la dernière lettre doublée), dessinateur de Fantax, le premier super-héros français d’après-guerre.

Peux-tu nous présenter ton grand-père ?

(JPEG) Il est né en 1911. il a fait beaucoup de métiers avant de travailler dans la BD. Sa mère voulait qu’il devienne clerc de notaire car la BD était à l’époque assez mal vue et pas encore appelée le 9ème art. Il a quand même réussi à percer dans ce milieu dans les années 1930. Il a débuté en dessinant des illustrations pour la revue alpine car il était fan de montagne. Pendant la guerre, il a travaillé pour la maison d’édition S.A.G.E. (future Sagédition) où il a illustré les aventures de Mowg, fils de la brousse. Il a aussi été résistant et prisonnier. C’est pendant la résistance qu’il a rencontré Marcel Navarro, le futur co-fondateur des éditions Lug, qui allait devenir JK Melwyn-Nash, le scénariste de Fantax, personnage qu’il crée en 1946. La première série a le même grand format que la souscription actuelle. Elle durera jusqu’en 1949. Cette même année voit la naissance de la loi de protection de la jeunesse qui procurera beaucoup d’embêtement à Chott avec ses héros Big Bill le Casseur et Fantax jugés trop violents. Il continuera quand même la publication de Big Bill, de Robin des Bois et de Marco Polo. Il a beaucoup de procès jusqu’en 1959 et en 1960, il ferme sa maison d’édition, la S.E.R. (Société Editions Rhodanniennes) qu’il avait lui-même créée. Il travailla ensuite pour Lug comme lettreur et traducteur. Il s’est ensuite remis à la peinture et à l’enluminure, sa première passion. Il est mort en 1967, peu avant la naissance de Fantask, le premier magazine de super-héros de Lug.

Peux-tu nous présenter Fantax ?

(JPEG) Il ressemble beaucoup à mon grand-père. Il s’est inspiré de lui-même mais aussi du Fantôme du Bengale. L’artiste qui lui a servi de modèle est Burne Hogart, dessinateur de Tarzan, un grand maître de l’anatomie humaine. Fantax est un homme et pas un surhomme. Il n’a pas de pouvoirs, ne vole pas et casse seulement la tête des méchants. Il a une famille, une femme et deux enfants, celle de Pierre Mouchot représentée dans la BD. Fantax est Lord Neighbour, un ambassadeur britannique détaché aux Etats-Unis. Loyal et droit, il ne supporte pas l’injustice. Il n’utilise pas de demi-mesure avec les méchants, qui sont tués ou livrés à la police. Certaines planches de Fantax ont même été retouchées en Italie, où le cadavre d’un vilain dévoré par des fourmis disparaît. A cause de la commission de censure, Chott a édulcoré certaines planches d’une autre de ses séries, Big Bill le Casseur.

Comment Pierre Mouchot a-t-il vécu cette censure ?

(JPEG) Ce sont des moments très difficiles pour lui et sa famille. Cette censure était surtout menée par des associations de familles chrétiennes. Marcel Navarro a toujours été présent pour nous soutenir. Il n’a reçu aucune aide extérieure d’autres maisons d’édition de l’époque, bien contentes de voir couler un concurrent. Chott s’est beaucoup battu et a malheureusement perdu. Il avait alors une vingtaine de titres comme Gus et Gaetan et a été un des premiers éditeurs français à traduire Pim Pam Poum (les Katzenjammer Kids de Rudolph Dirks publiés plus tard dans le journal de Mickey) sous le nom de Cap’tain Louf. Il a aussi publié dans Fantax Magazine des romans policiers pour adolescents.

Pourquoi rééditer maintenant Fantax en souscription ?

(JPEG) C’est pour contenter les fans et les collectionneurs. Le premier numéro de Fantax est coté à 2 000 € actuellement. La souscription contient, en plus de Fantax #1, une planche de Gus et Gaetan et une carte de membre du Club de l’Audace (+ de 10 000 membres dans les années 1950) et elle ne coûte que 35 €. J’ai ensuite l’envie de faire une collection de beaux albums cartonnés de 100 pages à 30 € l’unité.

Une tradition chez nous, la question que tu aurais aimé que l’on te pose et sa réponse.

« As-tu fait cette réédition dans le but de rendre hommage aux dessinateurs de l’atelier Chott ? » La réponse est bien entendu positive. Les conditions de travail étaient très difficiles à l’époque à cause de la pénurie de papier. Ces dessinateurs formés par l’atelier Chott comme Rémy Bordelet et Robert Rocca ont oeuvré pour la BD et j’ai eu envie de leur rendre justice au vu de ce qu’ils avaient subi avec la censure.

Dernière question, la question que tu aurais aimé que l’on ne te pose pas et sa réponse.

« Fais-tu ça pour de l’argent ? » La réponse est bien sûr négative. La protection du nom Fantax auprès de l’INPI et le déplacement au festival BD d’Angoulème où je suis exposant sont chers. Je suis situé à côté de Reed Man d’Organic Comix avec qui nous avons un projet pour Strange. Reed Man, à l’époque de la Fantask Force avait été formé par Rémy Bordelet, l’un des dessinateurs de l’atelier Chott formé par mon grand-père.

Merci beaucoup pour ta disponibilité et pour cette interview. Pour les fans de Fantax, qui veulent en savoir plus sur Chott et Fantax, plus d’infos sur le site des Editions Chott.

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