Nous sommes le , bienvenue ! Derniers dossiers en ligne : En travaux


Dernières chroniques V.F.
Dernières chroniques V.O.

Alias #5


samedi 19 mars 2005
L'avis de JeanSeb


Marvel France / Max

(JPEG) Ce dernier volume comprend les deux derniers arcs, les origines secrètes de Jessica Jones et Pourpre. Une excellente manière de boucler la boucle, puisque tout au long de la série ont été semés plusieurs indices sur le passé de l’héroïne.

Aussi Bendis choisit-il de commencer sa conclusion par deux épisodes revenant sur la jeunesse de l’héroïne et la manière dont elle a obtenu ses pouvoirs. Avec un fort goût d’hommage aux fondateurs de l’univers Marvel (la première page est une reprise de la première page d’Amazing Fantasy #15), de la multiplication des clins d’oeil (on croise, en vrac, dans ces pages un camion fou chargé de produits chimiques traversant New York, une araignée radioactive, des posters de Johnny Storm dans la chambre d’une adolescente ...) à la mise en couleur flashy typique des années 1960, Bendis écrit en quelque sorte son Marvels à lui.

Avec autant d’authenticité que s’il sortait à peine du lycée, le scénariste nous dépeint les tourments d’une adolescente, ses malaises et ses doutes, le tout dans une ambiance sixties parfaitement rendue par un Gaydos beaucoup moins sombre qu’à son habitude mais toujours très inspiré. L’ambiance s’alourdit au fil des pages et les auteurs nous présentent ce qui restera pour longtemps les origines les plus dramatiques d’un héros Marvel.
La personnalité de Jessica ne s’en trouve que plus crédible et compréhensible : le dégoût qu’elle a pour elle-même et son besoin d’aider les autres trouvant leurs racines dans un drame bouleversant.

Associale au lycée (elle est de ces adolescentes qui marchent la tête baissée, regardant de loin un garçon dont elles sont amoureuses en rêvant), connaissant le deuil et un long coma, puis plus paria encore après ça, avant même de découvrir ses pouvoirs, Jessica est un être balotté, maltraité par la vie et d’autant plus attachante.
Hélas, au moment de prendre sa revanche sur la vie en devenant une super-héroïne, elle ignore que son scénariste lui réserve bien pire encore.

Dans le dernier arc de la série, Jessica est mise face à une autre époque de son passé, plus proche, l’époque où de tragiques événements lui ont à la fois fait mettre un terme à sa carrière de super-héroïne et mise en relation avec les plus grands héros de Marvel.

A la demande d’un groupe de familles de victimes de l’Homme Pourpre, elle se voit obligée d’affronter l’être le plus terrifiant qu’elle ait jamais rencontré. Bendis nous offre un face-à-face entre la belle et le psychopathe supportant haut-la-main la comparaison avec la rencontre entre Clarice Sterling et Hannibal Lecter. Avec un sadisme avoué, l’auteur se place dans la peau de l’Homme Pourpre, véritable personnage principal de l’arc, et s’adresse à Jessica en l’humiliant, l’insultant, aux yeux du personnel de la prison où il est détenu, comme aux yeux des lecteurs en brisant le "quatrième mur", à la manière de la Miss Hulk de Byrne, mais dans un registre beaucoup plus lourd.

Le vilain, pas vraiment terrifiant jusque là, est dans ces pages glaçantes, un malade vicieux, manipulateur et cruel. Le personnage prend une épaisseur rare, et nous cloue sur place en s’adressant à Jessica, en s’adressant à nous. Bendis utilise à fond l’étendue des pouvoirs de l’Homme Pourpre, comme un fantasme de fan enfin réalisé, et nous met face à notre voyeurisme et notre absence de sens moral. Du grand art.

Si Bagley réalise les pages flash-back de l’époque de la carrière de l’héroïne, le travail de Gaydos est une fois de plus époustouflant, peignant sur le visage de Jessica les expressions qui disent toute la douleur de son passé. Tout au long de ce dernier arc, elle tombe de plus en plus bas, encore et encore, inéxorablement. Epaulée par un Luke Cage utilisé à contre-courant comme ami-confident, Jessica devra faire face à ses démons avant que Bendis ne lui offre enfin, la paix et la possibilité de mettre son passé derrière elle.

Si je n’avais pas lu The Pulse (que j’ai pourtant apprécié) avant ce dernier arc), j’aurai certainement préféré que Bendis laisse notre détective enfin tranquille, vivre la vie qu’elle mérite en dehors des pages de comics et loin de nos yeux. La fin d’Alias a un goût de perfection qui ne demandait pas qu’on prolonge l’histoire.
A ce sujet, le book se clôt sur une postface de l’auteur, invitant ses lecteurs à suivre l’héroïne dans les pages de The Pulse de ne pas s’inquiéter du ton qu’il donnera à l’histoire hors du label Max. Les lecteurs de Daredevil le savent, nous dit-il, il n’a pas besoin d’écrire "Fuck" dans chacune de ses pages pour inviter des histoires "adultes".

Cet argument, hélas, remet en cause la raison d’être du label Max tout entier. Cela reviendrait donc à dire que le seul intérêt ( ?) du label est de pouvoir donner du "Fuck" aux lecteurs ? Le monologue de l’Homme Pourpre/Bendis à Jessica laisse penser que Bendis est sûrement de cet avis. Peut-être une maladresse du scénariste qui dévoile une des faiblesses du système de labels mis en place par Marvel ces dernières années ...

Mon avis : Un excellent album, tout à fait original dans sa composition graphique et scénaristique, qui clôt une tout aussi excellente série. Qu’est ce que vous faites encore là ? Vous ne l’avez pas déjà ?

Envie de discuter à propos de cet article ?
Créez un topic sur notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/

Une erreur ? Un oubli de notre part ?
Pas de soucis : envoyez-nous un mail pour que nous corrigions francecomics@gmail.com

Cet article a été lu par 1288 visiteurs

France-Comics est un site animé par des rédacteurs bénévoles. Vous pouvez prendre contact avec nous via notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/