Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, depuis des générations, le 27 juin de chaque année, est organisée une loterie, durant laquelle, si on ne gagne pas, il vaut mieux ne pas perdre …

L’auteur et dessinateur Miles Hyman adapte la nouvelle de sa grand-mère Shirley Jackson, initialement publiée en juin 1948 dans The New Yorker Magazine, et qui provoqua à sa sortie, de nombreuses réactions très virulentes, au point que de nombreux abonnements au magazine furent résiliés et que la boite aux lettres de l’auteure dût être changée pour une plus grande. Ces anecdotes (et d’autres) sont racontées dans les très intéressantes pages supplémentaires placées après la bande dessinée, dans lequel Hyman évoque sa grand-mère, ainsi que ce qu’entraîna la publication de l’histoire.

Les qualités de ce classique de la littérature américaine ne sont donc plus à prouver. Cependant, le public d’aujourd’hui n’est évidemment pas celui de la fin des années 40 et la réception et l’évolution finale du récit est presque a fortiori moins surprenante que cela devait être à l’époque. Surtout que dans la bande dessinée, l’imagination du lecteur est moins sollicitée que dans un livre.

Néanmoins, cela veut aussi dire que les attitudes des personnages, l’agencement des scènes et des cases sont suffisamment explicites, avec pourtant assez peu de bulles (même si certains dialogues, juste avant le climax, manquent de clarté), notamment pendant toute la période d’exposition. Et le travail d’adaptation est d’autant plus réussi et fidèle qu’on retrouve bien les thèmes de la nouvelle (la tradition aveugle, l’offrande sacrificielle, l’instinct grégaire, la violence barbare …). Hyman a aussi fait le choix de rester dans cette fin des années 40 et cela lui a peut-être permis de conserver cette ambiance particulière, alternant entre le calme rurale et la soudaine brutalité sauvage, dans un environnement somme toute banal. Et donc, même si la fin peut être attendue et que dans ce cas, l’impact final s’en retrouverait diminuer, le message passé reste tout de même fort. Et le contenu des lettres des lecteurs de The New Yorker Magazine publiées en fin d’album en devient encore moins anodin.

Le choix graphique d’être réaliste est assez cohérent pour ce récit, même si on reste quand même loin d’un photo-réalisme. Les expressions sont assez bien retranscrites, même le calme ou la crispation sur les visages (avant l’horrible tempête), ce qui participe aussi à cette ambiance. On pourrait reprocher un manque de diversité dans certains visages des principaux protagonistes masculins (mais cela n’entache pas la compréhension).

Concernant le lettrage, si je comprends l’option des 2 polices qui rappellent celles des livres (avec quand même une différence entre les récitatifs et les bulles), je le déplore au moins pour les bulles, qui font trop mécaniques et qui manquent d’un petit côté humain, dans une bande dessinée qui est de surcroît assez statique.

A noté que cette bande dessinée a été publiée presque simultanément des deux côtés de l’Atlantique (chez Hill and Wang pour les Etats-Unis).

Avis : une adaptation respectueuse du matériel originel. Mais vaut-elle le prix de vente de l’éditeur ?

Publication française dans La Loterie aux éditions Casterman.