Un vieil homme prétend être un dessinateur retraité qui a trop vu la lueur des néons aux fur et à mesure des années et qui ne désire que voir le ciel. Cet homme ment. Il n’est même pas un homme, mais un alien venu observer notre race pour collecter des données sur nos forces et nos faiblesses, pour mieux gérer l’invasion qui va suivre.

Aujourd’hui, il observe un combat entre les Irréguliers, un groupe de héros marginal, et divers vilains. L’affrontement est compliqué par la venue de Cracker Jack, un héros à la grande bouche qui s’octroie les victoires des autres. En rentrant chez lui, il rencontre Eugène, un de ses voisins qui a encore raté une audition, ainsi que diverses vieilles rombières qui ne font que pérorer, radoter et répandre des ragots. Ces femmes ont le don d’énerver notre alien qui hésite un instant à envoyer son aval pour l’invasion.

En réalité, son évaluation est finie depuis longtemps, mais quelque chose l’empêche de l’envoyer à ses émissaires. Après avoir mis ses fichiers à jour, il part se coucher sans se rendre compte que son super ordinateur est trop puissant pour le vieux bâtiment qu’il habite et ce dernier prend feu. Crackerjack parvient à le sauver des flammes et notre vieil homme décide de l’observer pendant la nuit afin de prendre sa décision finale. Il peut voir tous les défauts de Crackerjack, un homme suffisant, arrogant, mufle et beauf au dernier degré, pourtant quelque chose le fait hésiter. Il se rend devant les ruines de son immeuble, les incessant commérages des vieilles biques lui font tourner le sang et finalement l’invasion est lancée.

J’aime beaucoup cet épisode car, avec dix ans d’avance, il est ce qu’aurait dû être au début Secret Invasion. On y suit un homme caché qui prend des renseignements sur les héros et il se métamorphose un peu comme un Skrull (même s’il ne lui ressemble pas). Le tout est caché et feutré.

Kurt Busiek en profite pour nous montrer de nombreux nouveaux héros comme les Irréguliers qui sont une sorte de Doom Patrol adolescente, ou encore Starwoman une version modifiée de Starfire. Mais surtout c’est un épisode qui met en avant Crackerjack, un héros qui est un mix entre Deadpool et une sorte de Daredevil, mais sans les pouvoirs. En gros une grande gueule, un bagout fortement prononcé, tout comme sa misogynie, et une chance assez phénoménale. Le personnage est assez vite détestable.

En utilisant un procédé déjà visible dans Marvels (celui du personnage témoin), Busiek nous montre un nouvel aspect de sa ville. Mais le plus marrant est de voir que, malgré tous les défauts de Crackerjack, l’alien ne parvient pas à envoyer le signal. Car il détecte une certaine noblesse, même chez le plus pathétique des héros. Par contre, il suffit de quelques rombières commérant et là l’invasion est lancée.

Mon avis : encore un super épisode pour cette série qui démarre doucement en prenant son temps, mais qui reste de qualité.

Parution française dans Astro City #01 aux éditions Semic.