Marta vit à Shadow Hill au pied du mont Kirby. C’est un quartier de la ville que beaucoup préfèrent éviter. Les habitants sont souvent des immigrés qui ont du mal à s’intégrer et à quitter le lieu où ils vivent, ne serait-ce que pour travailler. Il y a des monstres là-bas, des vampires et autres, des choses qui viennent d’ailleurs.

Marta est une exception pour Shadow Hill, elle va travailler dans le cœur de la ville, dans un cabinet d’avocats, celui où se trouve la compagne de Nick Furst de la First Family.

Marta a beau se voir comme une femme libérée du poids des traditions et du folklore de Shadow Hill, rien ne pourrait être plus faux. Le matin, elle suit des rituels obligatoires pour vivre dans ce quartier et bien qu’elle souhaite partir, elle se rend compte que même à la ville chacun a ses talismans de protection. Pour Darcy Conroy, la fiancée de Nick Furst, c’est un pendentif qui active toute sorte de signaux au QG de la FF. Ce qui est très pratique lorsque Demolitia et l’Alliance Impie débarquent pour tout ravager.

Marta se croit sauvée jusqu’au moment où, seule dans une ruelle légèrement à l’écart, elle se retrouve face à Slamburger. Aucun de ses talismans ne peut la protéger, elle ne sait pas comment faire dans ce monde qu’elle n’arpente que depuis peu. Heureusement pour elle, Nick Furst est présent et la sauve.

Encore un épisode stand alone pour Kurt Busiek qui parle ici de nombreuses choses.

Débarrassons-nous de l’évident et passons en revue les clin d’œil. Il s’agit d’un épisode très Kirbiesque puisque que l’on parle du mont Kirby, la First Family c’est pour les Fantastic Four, Demolita et son alliance est l’équivalent des Terrifics, ajoutons à cela Winged Victory qui est une version de Wonder Woman avec les ailes d’Hawkgirl. Le Pendu est pour moi une version déformée du Spectre, mais je n’en suis pas sûr.

Au-delà de ces références, Busiek évoque quelque chose de très américain qui est l’aspect des quartiers. C’est aussi marqué dans certaines villes d’Europe, mais pas autant. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis certaines villes comme New-York sont divisées en quartier à très forte nationalité et qu’à une certaine époque il était rare de voir les gens de Little China ou Little Italy aller dans Times Square. Ils préféraient rester entre eux.

Par cet aspect, notre scénariste aborde aussi les habitudes et petites manières liés à une culture et il en profite pour montrer du coup l’immigration. Certes, c’est agréable de voir ce type de sujets abordés, mais il aurait été plus agréable d’y aller de manière plus délicate. Je trouve que pour le coup Busiek y va un peu avec des gros sabots, avec une voix off rappelant en permanence l’importance des différents talismans de protection, insistant sur les différences de culture entre la ville moderne et Shadow Hill. Ça faisait un peu trop ville contre province.

Enfin, dernier point : il y a Marta, cette jeune fille qui pense être adulte, une femme libérée, et qui se rend compte qu’elle doit encore grandir, qu’elle est prisonnière de certains clichés/habitudes. Pour cet aspect-là, je trouve Busiek assez pessimiste. La fin montre que visiblement on ne peut passer outre le conditionnement lié à notre famille et nos origines.

Brent Anderson : que dire de plus sur ce formidable dessinateur, si ce n’est qu’il tient la cadence avec brio, qu’une fois de plus ses planches sont superbes et permettent une ambiance folle ainsi qu’une forte identité visuelle, surtout à cette période (cet épisode est sorti en 1995).

Mon avis : pour le moment le plus faible des différents numéros, mais ça reste tellement au-dessus du reste que c’est du bon.

Publication française dans Astro City (Collection privilège) aux éditions Semic.