Elliot Mills, rédacteur en chef du Rocket, le journal principal d’Astro City, reçoit un nouveau journaliste. Il l’accueille et discute un peu jusqu’à ce que la nouvelle recrue se rende compte d’un article qui sort du lot. Notre rédacteur en chef est plus qu’heureux de lui raconter cette histoire.

1959. Elliot Mills est alors un jeune journaliste sortant tout droit de l’école qui voit une époque changer. C’était un autre temps et d’autres héros. Le Silver Agent était en activité depuis trois ans et semblait devenir le meilleur de cette génération.

Un soir, après avoir raccompagné sa dulcinée après une soirée avec des amis, notre reporter arpente les rues de la ville et cela paie.

Il aperçoit des hommes en soutane se rendant discrètement dans une station de métro encore en construction. Ils font une invocation, mais le Silver Agent intervient. Trop tard : l’invocation est finie et tous se retrouvent dans une sorte de dimension alternative, où un visage du nom de Shirak le dévoreur affirme pouvoir prendre le contrôle de cette dimension. Mais c’est sans compter sur le Silver Agent et l’Honor Guard (tout juste formée) qui était restée en retrait.

Le combat fait rage, mais même ces nouveaux héros ne peuvent faire le poids face à cette invasion. C’est alors qu’il apparait. Le Vieux Soldat. On l’avait cru mort en 1944, mais ce n’était pas la première fois. Il était présent dès que la situation devenait ingérable. Avec son aide et le talent du Silver Agent, la tête de pont est vaincue et tout rentre dans l’ordre.

Elliot Mills sort de la station de métro le lendemain après-midi encore hébété par ce qu’il a vu. Il écrit d’une traite son article, mais son rédacteur en chef ne le croit pas et lui demande de le réécrire, une fois, puis deux et ainsi de suite jusqu’à ce que notre journaliste s’en tienne strictement aux faits. Des années plus tard, sa version sera confirmée par le retour du Vieux soldat et du culte du requin. L’article publié est encadré pour rappeler que le journal ne publie que les faits et rien d’autre, peu importe l’histoire que l’on a vue ou les conjectures auxquelles on peut se livrer : seuls comptent les faits prouvés.

Kurt Busiek prend un risque en parlant du passé dès son second épisode et en ne continuant pas sur la lancée commencée avec le Samaritain dans le premier épisode. Mais l’auteur sait que le passé fonctionne bien au vu du succès qu’il a connu avec Marvels quelques années plus tôt. À travers cet épisode il nous montre plusieurs versions modifiées de héros. Le Silver Agent et le Vieux Soldat représentent Captain America : l’un s’il avait vieilli vraiment (le design sera d’ailleurs repris par Alex Ross, le cover artist du titre dans Earth X), l’autre la version présentée en continu par Marvel. On y retrouve la première version de l’Honor Guard, une sorte de JLA ou de Vengeurs à leurs débuts.

Comme depuis le début de sa carrière, Kurt va à contre-courant. Là où les histoires à suivre sont la norme et l’arrivée de l’écriture en arc va devenir une habitude, il choisit de faire un second one-shot pour lancer sa série. Il ne continue même pas sur les mêmes personnages. Avec cette méthode, il peut montrer rapidement l’étendue de son univers, sans avoir à travailler une longue histoire ou à le faire via les yeux d’un spectateur comme il l’avait fait dans Marvels. Il faut reconnaitre aussi un talent fou pour raconter ce genre de petite histoire où il se passe plein de choses. Le travail sur les personnages est énorme on en apprend beaucoup sur Elliot Mills, le Silver Agent et le Vieux Soldat. Le tout en 22 pages, là où ça prendrait beaucoup plus de temps pour d’autres scénaristes. Ajoutez à cela une petite morale sur la véracité des informations (qui de nos jours, en 2017, est encore plus pertinente qu’à l’époque, en 1997) et vous aurez une super histoire une fois de plus.

Au dessin on retrouve Brent Anderson qui fait toujours autant de merveilles avec son style rétro et réaliste.

Mon avis : Une bonne histoire, de très bons dessins, que demander de mieux ?

Publication française dans Astro City (Collection privilège) aux éditions Semic.