Le Samaritain rêve. Il rêve de pouvoir voler librement, de sentir le soleil sur son corps, le vent dans ses cheveux… L’alarme d’urgence le réveille. Le temps n’est plus au rêve et chaque seconde compte s’il veut sauver un maximum de gens. Répondre à toutes les crises qui vont se présenter, discuter avec ses collègues d’Honor Guard et garder son identité secrète d’Asa Martin. Une journée ordinaire pour le plus grand et le meilleur super-héros du monde, mais une journée chargée : entre les différents combats et sauvetages, Asa n’a simplement pas le temps de vivre. Il passe son temps à sauver les autres, ne s’allouant aucune pause personnelle. Il finit la journée et s’écroule dans son lit. Avant même de toucher l’oreiller, il rêve de pouvoir voler, vraiment, sans avoir à sauver le monde.

Kurt Busiek est un scénariste très connu dans le monde des comics, surtout pour son Marvels ou encore son long run sur les Vengeurs, sa mini Avengers Forever, Thunderbolts et bien d’autres. Mais Kurt Busiek est aussi très connu pour être un fan invétéré de comics et une encyclopédie vivante.

On a beau dire que les années 90 sont le pire dans ce qui se fait en comics, c’est pourtant à cette période que notre scénariste explose. En 93-94 sort Marvels, puis en 1995, comme beaucoup d’autres, il s’essaie au creator owned et crée Astro City, une première mini-série en six épisodes où Kurt va parler de son amour pour les comics et d’un temps qui semble, à cette époque, révolu.

Dans ce premier épisode, Busiek imagine ce qu’est une journée pour le Samaritain. Le Samaritain est un ersatz de Superman, super vitesse, super force, plus un petit pouvoir en plus histoire de ne pas en faire qu’une pâle copie. Même le boulot est le même puisque le personnage est lui aussi reporter.

Pourtant il y a des différences majeures. Déjà, ce Samaritain, à la différence du Big Blue, n’a pas Loïs, pas de vie privée, pas de famille. Il s’agit là d’un super-héros dédié à 200 % à sa cause, allant même jusqu’à se chronométrer pour faire mieux chaque jour. Cette absence de vie privée, montre aussi une certaine absence d’empathie pour les autres.

Ce qui est fou, c’est qu’à travers un épisode plutôt rapide, sans intrigue principale très développée, Kurt Busiek arrive à présenter son nouveau héros, à le définir grossièrement (dans le sens où le lecteur ne sait pas encore tout de lui) et à donner vie à son univers sans que le tout ne soit trop rapide ou trop lent. Dans la façon d’écrire, on voit bien que Kurt est old school : pas besoin de longs arcs, utilisation intelligente de la voix off… Certains diront que c’est une écriture « à la papa », moi je trouve ça diablement efficace.

Brent Anderson est lui aussi coupable du succès d’Astro City à travers le temps et il le prouve dès ce premier épisode, avec un trait classique mais diablement solide et détaillé. On n’est pas dans du Jim Lee, ou dans du tape à l’œil, loin de là. Anderson est dans la mouvance d’un Neal Adams, avec une approche plutôt réaliste, surtout à cette époque (rappelez-vous, on est en plein dans la période gros flingues). C’est expressif, les planches sont très détaillées, le découpage fonctionne super bien.

Le troisième homme que vous verrez à chaque fois à droite, c’est Alex Ross. Il est le cover artist de la série depuis ce premier épisode où il représente un Samaritain très iconique, qui aurait très bien pu être Superman.

Mon avis : un premier épisode diablement efficace qui donne envie d’en savoir plus, vivement la suite.

Publication française dans Astro City (Collection privilège) aux éditions Semic.

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