A Gotham, 3 meurtres par strangulation ont eu lieu en moins d’une semaine. La police et Batman n’ont pas de piste sérieuse puisque les victimes n’ont de lien apparent. Jusqu’à l’arrivée du lieutenant Corrigan de New York, l’alter ego civil du Spectre, qui enquête sur un suspect de l’un des meurtres, qu’il soupçonne très fortement d’être un des thugs. Ces thugs constituaient une confrérie d’assassins professionnels et adorateurs de Kali, qui avait pourtant été éradiquée par l’armée britannique au 19ème siècle. Mais le mode opératoire des crimes ne laissent aucun doute. Cependant, l’arrestation d’un suspect ne donne rien, tout comme le passage au détecteur de mensonges, si bien que Corrigan perd toute crédibilité face au commissaire Gordon.

Batman se relance donc dans l’enquête et, finalement, en suivant un autre suspect, il confirme les soupçons du lieutenant New Yorkais et il est sauvé de justesse par le Spectre. Mais le nouvel interrogatoire ne donne toujours rien. Les deux détectives finissent par trouver un lien en apprenant que tous ces hommes faisaient partie d’une même unité opérant en Inde pendant la Seconde Guerre Mondiale. Alors que le Spectre découvre qu’ils avaient construit une route sur un cimetière dédié à Kali, Batman, de son côté, suit l’accusé qu’il vient de libérer, qui participe à un dîner d’anciens combattants. Le chevalier noir se rend compte qu’ils sont alors tous en transe devant une statue de la déesse hindoue, mais ils sont suffisamment alertes pour attraper le héros. Il est sauvé de justesse par le Spectre qui (avec Kâlî ?) les libère de leur malédiction.

Dans une dernière scène, Bob Haney n’oublie pas de sauver la morale et la justice, en mettant en avant les vétérans devant leurs responsabilités, même s’ils étaient manipulés par les esprits des étrangleurs du 19ème siècle. Et la dernière case met en premier plan une statue d’une femme représentant la justice, qui est en quelque sorte la déesse des héros de cet épisode et qui aura pris le pas sur celle des tueurs. D’ailleurs, l’auteur n’est pas très clair dans la résolution de son épisode, on ne sait pas vraiment si c’est Kali ou bien le Spectre, ou encore Kali via le Spectre qui libère les anciens soldats.

Toujours est-il que cette histoire quelque peu versée dans l’ésotérisme est plutôt appropriée au coéquipier temporaire de Batman, car le Spectre, vieux personnage créé en 1940 dans More Fun Comics #52, est l’incarnation de la vengeance de Dieu. Son omnipotence permet également à l’auteur d’être un Deus Ex Machina tout à fait légitime pour Batman, sans que cela fasse de l’ombre au héros de la série, surtout qu’ici, il cohabite beaucoup plus avec ce binôme que la majorité des autres que l’on a pu voir dans les épisodes précédents. Il est à noter également que le commissaire Gordon a de plus en plus d’aplomb et s’affirme beaucoup plus face à ses consultants.

L’intrigue est agrémentée de quelques clins d’œil, avec le surnom de l’unité militaire (lié évidemment aux engins qu’ils conduisaient dans l’armée), les Dirty Dozers, qui font forcément référence aux Douze Salopards, ou encore le lieu du cimetière indien qui s’appelle Phansigar, qui est en fait l’autre nom que l’on donnait aux Thugs. Concernant cette confrérie, Bob Haney s’appuie sur de l’existant et n’a rien inventé, si ce n’est peut être cette histoire de « dent de Kali » et bien évidemment la malédiction. Celle-ci permet à l’auteur, le temps de deux cases, de critiquer le manque de respect que pouvait (peut ?) avoir l’armée américaine (uniquement ?), en temps de guerre, dans les pays où elle passait.

C’est peut être encore un hasard, mais le Spectre a été relancé presque un an plus tôt dans la série anthologique Adventure Comics à partir du #431, dans une histoire (inachevée dans un premier temps qui s’étalera sur 10 numéros) très controversée mais reconnue par la critique, scénarisée par Michael Fleisher et dessinée par … Jim Aparo. Il est donc bien entraîné à faire évoluer ce personnage, très souvent en mouvement ou en suspension dans les airs, dans des ambiances par moment légèrement horrifiques, bien mises en valeur par l’expressivité des personnages, dont même Batman, pourtant presque mono-facial pendant tout l’épisode, qui ne peut éviter d’exprimer une fois une expression de surprise teintée de terreur.

Afin de donner un peu plus d’épaisseur au Spectre et montrer que ce n’est pas un personnage comme les autres, Aparo fait des effets de transition quand le personnage passe du Spectre au lieutenant Corrigan, effets qui traversent aussi les scènes. Enfin, il lui octroie des bulles aux formes éthérées quand il est sous son état spectral.

Parution française dans Batman, La Légende #01 aux éditions Urban Comics.

 

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