Alors que Batman et le commissaire attendent sur le tarmac de l’aéroport de Gotham l’arrivée du mafieux tenant de rentrer d’Europe avec une fausse identité, la tour de contrôle perd tout contact avec l’avion de ligne, qui semble être tombé dans l’océan. Batman requiert donc l’aide de son ami Aquaman, mais celui-ci l’informe laconiquement qu’il est l’auteur du « naufrage ». Le Chevalier Noir tente donc de sauver les passagers qui se trouve enfermés dans ce cercueil sous-marin, mais des plongeurs de la Mafia l’en empêche et il est sauver par Aquaman. A bord de son submersible, le roi des mers lui explique qu’il a sauvé Gotham en coulant l’avion, car celui-ci contient une bombe H qui exploserait dès qu’il toucherait la piste de l’aéroport. Une leçon que veut donner le cartel de la drogue de Karatolie aux Etats-Unis. Les deux héros tentent de trouver une solution, mais l’avion est déjà remorqué par les secours, les passagers étant dorénavant sur le pont. L’équipage du chalutier mafieux, toujours en mer, en profite pour exfiltrer leur compatriote que recherchait Batman, tout en capturant le célèbre détective qui tentait d’arrêter le remorqueur, tirant malgré lui la bombe. Avec l’aide de ses animaux marins, Aquaman va de nouveau le sauver, et surtout, rattraper à temps les secours, avant qu’ils ne déposent l’avion sur la terre ferme …

Pour créer des péripéties et des problèmes aux deux héros, Bob Haney multiplie les protagonistes, au point de se demander si le scénario, en dehors de la trame générale, n’était pas un peu improvisé en fonction du nombre de pages restantes.

On a donc ici deux intrigues bien distinctes qui se retrouvent liées au même avion : celle qui concerne le mafieux et celle qui concerne la bombe mise en place par un cartel de la drogue (qui ne sera qu’évoqué) d’un pays qui semble être créé dans cet épisode et qui ne sera peut être vu que dans cet épisode ! Et donc hormis l’avion, nous avons, sous et sur les mers, dans un petit périmètre au large de Gotham : le remorqueur, le chalutier de la Mafia, le sous-marin d’Aquaman et un destroyer de l’armée. Beaucoup d’intervenants donc en 20 pages, ce qui peut à la fois complexifier inutilement l’action, mais également donner beaucoup de rythme au récit. Surtout qu’ici, l’auteur n’a pas besoin de présenter le sparring-partner de Batman, puisqu’Aquaman sévit au sein de DC depuis 1941. Dès le début, on voit bien que les deux héros on l’habitude d’œuvrer ensemble, si bien que la rencontre du jour rappelle un peu les histoires « Team up » de Marvel, qui commence souvent par un quiproquo et une baston entre héros pour finir en duo faisant front commun face à l’ennemi, comme on le voit très bien ici. Même si Aquaman sauve deux fois le célèbre détective et qu’il est bien mieux renseigner que lui, grâce à ses propres services de renseignements terrestres (pas étonnant pour un monarque, mais mine de rien, voilà un petit élément évoqué le temps d’une bulle qui enrichit le récit et l’univers de ce personnage), l’exploitation des deux héros est bien équilibrée, aucun n’est le faire-valoir de l’autre, chacun utilisant ses capacités (dont la technologie sous-marine, la communication avec les animaux sous-marins).

L’environnement du récit permet à Haney d’évoquer son sentiment sur la nature sous-marine. Au moment où Batman et Aquaman se retrouvent, quand le roi des mers dit qu’il a refusé que l’armée américaine utilise des baleines, ce qui fait réagir Batman qui jugeait de toute façon leur idée comme stupide. C’est peut être une surinterprétation du propos de l’auteur, mais ce court dialogue peut faire penser au programme de mammifères marins de la marine américaine, en anglais l’U.S. Navy Marine Mammal Program (NMMP), qui utilisait surtout des dauphins. A l’époque de la publication de cet épisode (août 1974), le grand public n’était pas vraiment au courant de cette exploitation animale de la part des militaires, cependant, le livre français Un animal doué de raison, publié en 1967 et le film américain qui suivi, Le jour du dauphin, sorti en 1973, parlent de ses expérimentations et s’appuie sur des faits réels. Doit-on penser que Bob Haney avait lu ou vu des histoires sur ce sujet ? Toujours est-il qu’il devait avoir une certaine fascination pour le monde marin, car dans la dernière case, l’auteur fait dire à Gordon et Batman que si Aquaman est distant, difficile à comprendre et parfois effrayant, il est surtout magnifique.

Cette fois-ci, Jim Aparo doit faire opérer les personnages dans l’eau et il s’en sort plutôt bien pour les mouvements de nage, les rendant assez réalistes, notamment avec les bulles d’oxygène. Reste que la cape semble, par moment, plutôt évoluer dans l’air que dans l’eau. Sa représentation de la tempête donne du caractère à ses pages. Et contrairement à ses habitudes, il ne met pas trop les animaux en avant, les cachant un peu dans la composition des cases, si ce n’est pour le poulpe, pas peu fier de montrer ses tentacules.

Parution française dans Batman, La Légende #01 aux éditions Urban Comics.

 

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