Gotham vient d’élire son nouveau maire, qui, comme souvent, souhaite apporter du sang neuf dans son organisation. James Gordon est envoyé manu militari à la retraite, tout comme Batman, dorénavant remplacé par les Metal Men. Bruce Wayne troque donc son costume de super-héros pour celui de PDG. Cependant, il est vite rattrapé par les évènements, car dès son « premier » jour, l’immeuble de son entreprise est pris en otage par des malfaiteurs qui ont gazé l’ensemble de son personnel et qui lui réclament une rançon contre la vie de ses employés. L’injonction de la mairie l’empêchant d’agir, il suit, impuissant, les vaines tentatives des Metal Men d’arrêter le gaz. Finalement, le maire fait de nouveau appel à Gordon, qui relance le Bat-signal. Wayne, qui avait un costume de Batman dans son bureau, se débarrasse d’une partie des malfrats, finit par trouver la source du gaz, la coupe avec l’aide des Metal Men et capture le chef de la bande. Devant tant d’efficacités, le maire réintègre le chevalier noir et Gordon dans leur fonction, devant des Metal Men heureux de ces réhabilitations.

Le premier point frappant dans cet épisode, c’est qu’on découvre qu’à cette époque (ou peut être que dans cet épisode), Batman a un statut au sein de la police de Gotham, un peu comme les conseillers qu’on voit très souvent dans la série policière de nos jours, en un peu plus actif, décisionnaire et autonome. Et que donc, il peut être viré n’importe quand, comme on le voit ici. Si on suit la logique d’Haney, Wayne ne porte le costume que parce que la police (le maire donc) l’autorise et qu’il a une « fonction » (rémunérée ?). Une excuse un peu grosse pour permettre au héros de porter un peu plus sa tenue civile et de le voir dans ses fonctions d’industriel. La mise en retraite est également un peu expéditive (en ayant lu quelques répliques quelques peu abruptes dans les épisodes précédents, on ne s’étonnera pas du jugement émis par Batman à l’encontre du nouveau retraité). La mécanique du récit permet au moins de mettre un peu plus en avant le commissaire Gordon et le rendre paradoxalement plus actif. De même, c’est Wayne-Batman qui est ici bien visible, les Metal Men devenant rapidement que des aides de camp, la case finale l’attestant avec une réaction de leur part assez « gentille » (on se croirait presque dans un dessin animé).

Cependant, comme à son habitude, Bob Haney les met en scène de manière à ce que le lecteur les voit utiliser leur pouvoir, mais ne s’encombre pas d’une présentation, puisque c’est la cinquième fois qu’ils apparaissent dans le titre (ils sont créés dans le Showcase #37 en 1962, mais leur série éponyme est arrêtée depuis 1969, pour n’être relancée que deux ans après ce numéro).

Dans cet épisode, l’auteur met surtout en avant l’homme en face de la machine, les capacités humaines face aux outils automatisés et équipés d’ordinateurs (je me demande bien ce qu’il pensait de notre époque à la fin de sa vie). Dans les premières pages, on a l’impression qu’il critique l’automatisation, mais il n’en dira finalement pas plus quand les fonctions seront rétablies. De même, le début était décidément tonitruant, puisque dès la première bulle de Batman, on le voit critiquer les politiques, qui parlent plus qu’ils ne règlent les vrais problèmes.

A noter deux points sur la version française (qui sont peut être dû à la version originale). Le Metal Man dénommé Tin (Etain) est étrangement appelé pendant tout l’épisode Copper (Cuivre), sans de réelle raison. Et à la fin de l’épisode, Batman utilise un petit appareil volant d’une place (c’est un simple siège avec un moteur et une hélice), présenté comme étant le Bat-coptère, qui est plus précisément le Whirly-bat (apparu pour la première fois dans le Detective Comics #257 de juillet 1958).

C’est la première fois que Jim Aparo dessine les Metal Men dans The Brave and the Bold et il a donc l’occasion de jouer avec des personnages qui demandent beaucoup de courbes et surtout avec des caractères très marqués, que l’on peut voir au niveau des expressions des visages. Il ne s’agit donc pas ici de respecter uniquement les pouvoirs. Avec les différentes scènes que lui propose l’auteur, il varie très souvent les plans en utilisant régulièrement des angles de vue en plongée, avec des plans éloignés ou rapprochés (dans la cage d’ascenseur, on voit sa maîtrise de la perspective), et bien évidemment en contre plongée (pour donner encore plus de hauteur à l’immeuble Wayne). Cela donne une bonne dynamique au récit et par moment, comme le signale le traducteur, on peut avoir l’impression de se retrouver dans Piège de cristal.

Parution française dans Batman, La Légende #01 aux éditions Urban Comics.

 

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