Des malfrats lourdement armés se lancent dans une mission suicide pour récupérer, dans le mastaba du musée de Gotham, une statuette en forme de chauve-souris, dont les hiéroglyphes indiqueraient l’emplacement de la tombe du premier pharaon, qui, parait-il, détenait le secret de l’immortalité. Présent sur les lieux avec le commissaire Gordon, Batman est réquisitionné pour enquêter en Égypte sur le bien-fondé de l’acquisition du mastaba, ainsi que pour rechercher la tombe du pharaon Aton …

Bob Haney joue l’alternance en faisant évoluer une nouvelle fois le célèbre détective (et archéologue apparemment) en dehors de Gotham. Mais le pays africain ne sera seul dépaysement pour le lecteur, puisque l’associé de l’épisode est Mister Miracle, que l’on découvre en plein spectacle en haut de la Tour Eiffel, avant qu’il soit embauché par l’archéologue Ingrid Borg, qui lui propose tout simplement « la plus grande évasion de tous les temps » dans le tombeau de ce même Aton. La félonie du docteur Borg se présenta dès qu’elle eut en main le sceptre qui devait garantir l’immortalité à son patron mourant (le même que pour les mercenaires de Gotham), mais en cherchant à atteindre le vivace Scott Free, elle mourut de ses propres balles.

Finalement, comme souvent dans cette série, on voit les deux héros agirent ensemble que sur les trois dernières pages, pour mieux sortir de ce tombeau infernal, tout en découvrant l’origine extraterrestre du premier des pharaons.

Décidément, cela ne ressemble plus à une coïncidence, car après celle du Démon dans The Brave and The Bold #109, l’auteur narre la première rencontre entre Batman et un personnage créé par Jack Kirby en avril 1971, qui voyait s’achever ses premières aventures dans sa série éponyme un mois avant, en mars 1974. D’où l’encart en tête de première page sous forme de « dossiers secrets de Batman », assez inhabituelle de la part d’Haney, précisant le contexte pour Mister Miracle, qui, dans cet épisode, n’est pas encore marié avec Big Barda et n’est donc pas retourné sur Néo Genesis. Cela permet également de mettre en avant quelques similitudes entre les deux personnages (et de remarquer que Batman a aussi des fiches sur lui-même !!!).

Cette digression n’empêche pas l’auteur de mettre en place le second personnage comme il en a l’habitude, avec une mise en situation le présentant et expliquant ses capacités, puis de lui donner totalement les rênes de l’épisode dès la page 10, Batman ne devenant, après avoir pourtant tenu le premier rôle, qu’une marionnette manipulée par une tiare de pharaon jusqu’à ce que le roi de l’évasion ne le libère. Et puis finalement, malgré les morts des mercenaires, on ne voit pas réellement de véritable ennemi puisque le commanditaire n’est que cité, et surtout qu’en plus, l’archéologue aurait très bien pu repartir avec l’objet désiré de manière plus pacifique, Mister Miracle ne s’intéressant que peu à la quête (« mais bien mal acquis … », comme on dit). Un récit d’escapistes avant tout !

L’épisode s’achève tout de même sur une morale que l’on peut souvent lire dans les récits de science-fiction, où l’on voit les chefs (Bob Haney ?) du soi-disant pharaon sur leur planète, jugeant les Terriens trop violents pour mériter l’immortalité. Il faut dire que quand on voit la première scène, difficile de leur donner tort. Et cette résolution, si elle nous parait très classique aujourd’hui, quand on la remet dans le contexte de 1974, rappelons que les années 60 ont été marquées par la popularisation de la Théorie des anciens astronautes, et de nombreux essais ont fleuri au cours des années 70 (même si on retrouve quelques fictions au cours du XXème siècle, notamment avec Lovecraft. Mais ce n’est peut être pas un hasard si l’album de Tintin, Vol 714 pour Sydney, date de 1968).

Enfin, côté détails, il est surprenant de voir un vrai mastaba égyptien reconstruit pierre par pierre à Gotham, mais ce serait oublier qu’une chapelle d’un mastaba a été remontée au Louvre dès 1903 (donc, pourquoi pas les États-Unis). Et puis on peut s’interroger sur le fait que Washington envoie un encapé au lieu d’enquêteurs officiels (Batman avait une autre aura qu’après 1986). Mais il est surtout étonnant de voir le Chevalier Noir avec un fusil classique, même si c’est pour envoyer une grenade lacrymogène.

La capacité de Jim Aparo de rendre expressif ses personnages atteint ici son paroxysme, puisque même la cagoule de Mister Miracle se moule comme si elle était une seconde peau sous les crayons de l’artiste. Aparo nous montre différents effets de mouvement très réussis, la construction de l’histoire et les pièges du tombeau lui donnant divers occasions, même si les cases en fin d’épisodes avec le vaisseau spatial ne sont pas les plus réussies. Et puis ses dessins d’animaux (ainsi que leurs mouvements) sont toujours aussi précis et justes.

 

Parution française dans Batman, La Légende #01 aux éditions Urban Comics.

 

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