En 1968, en pleine guerre froide et alors que le compte à rebours de la course à la Lune est lancé entre les États-Unis et l’URSS, les Soviétiques envoient dans l’espace l’ancien sergent Volkov, blessé par les Allemands et sauvé par Captain America pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans une opération visant à récupérer un scientifique nazi. Il n’atteignit jamais le satellite de la Terre, mais revint avec une entité extraterrestre, qui force tous ceux qui l’approche à se suicider. Depuis, le complexe sibérien dans lequel il vit est scellé et est considéré comme une zone morte.
De nos jours, en orbite terrestre, des scientifiques américains lancent leurs essais sur l’utilisation du champ d’énergie noire comme source d’énergie économique et écologique. Mais le réacteur s’emballe, des formes métalliques étranges tuent les scientifiques, excepté le docteur Fox qui se sauve via une capsule de sauvetage et qui suit le même chemin que le satellite : le bunker de Volkov. Captain America est dépêché sur place et avec l’aide de soldats russes et de Fox, il va éliminer la menace grandissante que sont devenus Volkov et la chose qu’il porte en lui …

Des nazis, la course à la Lune pendant la guerre froide, un mystère venant de l’espace posté en Sibérie, le contexte de l’histoire d’Andy Diggle n’est pas très original mais les aspects super-héroïques et porte-drapeau du personnage sont mis de côté pour le faire évoluer plus vers une ambiance un peu plus fantastique. Chaque épisode apporte son lot de flashback, laissant planer le mystère, même si on ne se fait guère d’illusion sur l’issue. Néanmoins, cette alternance permet de donner du dynamisme au récit, les images apportant les réponses étant suffisamment explicatives pour que l’auteur n’ait pas besoin d’être verbeux.
On sent également que Diggle ne veut pas verser totalement dans le manichéisme habituel, avec quelques personnages plus subtils, surtout pour la période de la seconde guerre mondiale. Cela semble moins vrai pour la partie contemporaine, car si un des militaires n’obéit pas vraiment aux ordres de ses responsables, ceux-ci rentrent totalement dans les clichés et le soldat retors finira même par déserter pour les États-Unis. J’ai du mal à imaginer l’armée américaine plus souple. La propagande, même involontaire, a quand même de beaux jours devant elle.
Cette histoire est également représentative de sa période. Dans les années 40, le danger était nazi et pendant la guerre froide, les Russes étaient évidemment la bête noire mais aujourd’hui, on s’inquiète plus de la dépendance énergétique, de la consommation « propre ». L’auteur montre également des scientifiques quelques peu naïfs, vis-à-vis de leurs mécènes qui ont sûrement des idées lucratives derrière ce projet, mais aussi un peu idéalistes et presque irresponsables, semblant mal identifier les risques de manipuler des énergies inconnues (ou mal connues).

Également crédité en tant que co-auteur, Adi Granov réalisa le premier épisode avant d’être appelé par Josh Whedon pour le premier film des Avengers, ce qui explique que cette mini-série ne sortit finalement pas pour le premier Captain America, le temps de trouver un remplaçant. Finalement, ce ne fut pas plus mal, car le style de Granov donne parfois l’impression de lire un roman-photo de poupées (la dernière page du premier épisode en est un parfait exemple), sans atteindre pour autant le style stéréotypé et répétitif de Land, et puis cela manque de rythme, malgré l’énergie et la volonté de mise en mouvement évidente du dessinateur. Cette faiblesse qui présente quand même des qualités, puisqu’on est très vite immergé dans l’ambiance et dans l’histoire, l’URSS transpirant des pages (certaines cases rappellent des images de propagande soviétique).
Agustin Alessio prend donc la suite et applique son propre style, sans que cela ne soit trop choquant, avec suffisamment de détails, même si les plaines sibériennes n’en demandent pas vraiment. Mais surtout, il apporte plus de dynamisme et d’expressivité (sauf avec Cap’, toujours très concentré et gardant son sang-froid) et s’appuie sur une palette de couleurs plus ternes. On ressent presque le froid en tournant les pages.

Mon avis : Un bon divertissement, plutôt agréable à lire.

Parution française dans Marvel Top (Vol.2) #13 aux éditions Panini Comics.

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