Akron, ville ouvrière de l’Ohio, début des années 80. Otto Pizcok, qui se fait appeler « le Baron », est en dernière année scolaire et vit seul avec son grand-oncle Elmo dans le parc de mobile homes de celui-ci. Avec ses deux amis, il fréquente The Bank, une salle de concert où se produisent les grands noms du punk et de la new wave et finit même par les côtoyer …

Derf Backderf, auteur d’un strip pendant plus de 20 ans et originaire de la région du récit, s’inspire de faits réels et sûrement un peu de sa vie personnelle pour créer son premier roman graphique. La présence de nombreux groupes de punk dans l’histoire apporte du crédit à l’histoire et un personnage comme Le Baron en a bien besoin, tant il parait bien improbable, tout en étant tellement hilarant, intrinsèquement ou par les situations dans lesquels il se retrouve et qu’il provoque la plupart du temps (à un rythme effréné). Difficile de savoir s’il y a une part de vérité dans les scènes évoquées (si ce n’est celles qui concernent les groupes de musique), toujours est-il qu’elles sont très drôles et qu’on ne sait jamais où elles vont nous mener ! Elles sont aussi le témoin d’une adolescence qui se teste, à rebours des convenances, comme l’est l’esprit punk et qui passe brutalement à l’âge adulte, via une métaphore dure et violente (telle la période punk de la fin des années 70 ?).

Mais Backderf ne s’appuie pas uniquement sur son personnage principal et développe des personnages hauts en couleur, que ce soit au lycée, dans le parc de mobile homes ou dans la salle de concert, efficacement caractérisés en quelques cases. Bien évidemment, malgré leur fort potentiel comique, ils permettent de mettre en évidence Le Baron (quoiqu’Elmo s’en sort bien tout seul), mais aussi d’évoquer la scène punk et new wave de l’époque (on y voit entre autre Klaus Nomi ou les Ramones), devant et derrière la scène.

L’artiste a un style plutôt anguleux avec des corps assez raides et des têtes à tendance rectangulaire, des déformations totalement maîtrisées, mettant en avant l’imposante taille d’Otto. Si l’humour fonctionne dans cet album, c’est aussi grâce à des visages très naturels, expressifs, les sentiments étant exprimés avec finesse et justesse. Le storytelling est également bien maîtrisé, donnant un récit fluide, facile à lire, avec des splash pages utilisées à bon escient.

Mon avis : Mon coup de cœur de ce début d’année. A peine fini qu’on a déjà envie de le relire !

Publication française dans Punk Rock & Mobile Homes aux éditions çà et là.