Est-il nécessaire de présenter Dave McKean, dont les travaux n’ont jamais laissé les lecteurs indifférents ? Entre l’Asile d’Arkham (avec Grant Morrison), Cages ou encore Echos Graphiques, pour ne citer qu’eux, ce créateur a déjà prouvé qu’il avait de multiples talents. Avec ce « roman graphique érotique », il va une nouvelle fois nous le prouver.

Une jeune femme délaissée pour la soirée par son amant est attirée par un vieux projecteur présent dans l’appartement et qu’elle finit par actionner. Apparait alors un film érotique, qu’elle voit plus ou moins bien, à cause de l’usure de la bande. Celle-ci finit même par brûler, sortant la jeune femme de la petite excitation dans laquelle elle était entrée. Et c’est alors qu’à la place d’images sur le mur se révèle une porte qui la mènera vers autant de mondes que de fantasmes …

… Que de styles graphiques. Car ceux qui ne voient en McKean qu’un génial colleur d’images, seraient très surpris de ses excellentes qualités d’illustrateur. Je ne suis pas un spécialiste de l’art graphique et de la peinture mais ce qui est sûr, c’est que l’artiste nous fait visiter avec réussite et précision plusieurs styles et mouvements au fil des univers oniriques qu’on voit défiler. Et surtout, il garde une logique en lien avec la narration, par exemple la réalité apparaissant au début et à la fin reste dans la même veine, épurée, précise et très fine. Alors que dans la scène avec le diablotin, il déforme les corps avec élégance et de manière à ce que cela paraisse tout à fait naturel. Et ce ne sont que quelques exemples et quelques interprétations, les collages de fruits étant aussi porteurs de nombreux sens.

Et puis d’autres ou les mêmes seraient surpris de ses qualités de dessinateur de bande dessinée. Car l’artiste nous raconte son histoire sans utiliser une seule bulle de dialogues ni même de rectangles récitatifs. Une narration d’une telle efficacité que l’on est happé et que l’on va au bout des 200 pages. Les multiplicités de genres graphiques y sont également pour beaucoup. Car l’érotisme (ou même les pages pornographiques car l’auteur ne s’interdit aucune représentation sauf peut être le sadisme) n’est vraiment pas l’intérêt de ce livre. Peut-être parce que l’on cherche à analyser les messages de McKean et à interpréter ses magnifiques pages.

A noter que c’est initialement une production française. De plus, toutes les pages servent le récit, les premières s’annonçant évidemment comme le générique d’un film. Et je ne serais que trop vous conseiller de farfouiller du côté des rabats de la jaquette, ainsi que des 1ère et 4ème de couverture : quelle sensualité dans les textures !

Mon avis : Magistral !

Publication française aux éditions Delcourt.

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