Ressurgi dans l’univers Marvel moderne dans les pages d’Avengers #4 sous les bons auspices de Stan Lee et Jack Kirby, Steve Rogers alias Captain America ne tarde pas à vivre également des aventures en solitaire (ou tout au moins accompagné de son fidèle acolyte Bucky) dans la revue anthologique Tales Of Suspense qu’il partage avec Iron Man à partir du numéro #59. Captain America y vit des aventures d’une dizaine de planches souvent situées en pleine Seconde Guerre Mondiale et dans lesquelles il affronte notamment son ennemi juré, le perfide Crâne Rouge.

A partir de l’épisode #100 Tales Of Suspense se transforme en Captain America, le vengeur à la bannière étoilée a droit désormais à son propre titre qui après de multiples redémarrages et autres mutations dépasse aujourd’hui la barre des 600 épisodes. Mais si le talent de Lee et Kirby n’est plus à remettre en cause, l’arrivée à l’épisode #110 d’un certain Jim Steranko le temps de seulement trois épisodes constitue un jalon extrêmement important dans la carrière éditoriale de Captain America, et même j’oserais dire pour l’ensemble des comics modernes. Stan Lee reste au scénario mais connaissant la « Marvel Way » chère au scénariste, l’impact de Steranko sur le déroulement de l’histoire reste déterminant.

L’épisode #110 s’ouvre sur un combat d’une rare sauvagerie entre Cap et un Hulk proprement déchaîné, prélude à la rencontre entre Steve Rogers et Rick Jones, sans doute le seul ami que Hulk ait jamais eu et qui est blessé au cours du combat. Remis sur pied, Rick Jones va démarrer une nouvelle carrière de héros en endossant l’ancien costume de Bucky, le partenaire de Cap durant la Seconde Guerre Mondiale, tué durant un affrontement avec le Baron Zemo, un traumatisme faisant partie intégrante du personnage de Captain America. Ensemble, le duo reformé va lutter contre une dangereuse cellule terroriste de l’Hydra dirigée par la venimeuse Madame Hydra qui effectue ici sa toute première apparition dans l’univers Marvel. Les deux héros parviennent à stopper les plans de l’Hydra pour un temps du moins, mais Rick Jones doute de plus en plus de son nouveau rôle. Est-il capable d’endosser le costume de Bucky, de prendre sa place, de le remplacer et d’être à son niveau ? En est-il seulement digne ? D’autant que le rôle de Bucky reste marqué par la mort. Un seul faux pas lors d’une mission avec Captain America et le cauchemar pourrait recommencer. Hanté par tous ces tourments, Rick Jones est enlevé par les hommes de l’Hydra et Cap n’a plus qu’à tout mettre en œuvre pour le sauver des griffes de Madame Hydra qui ne rêve que de briser Captain America et elle y parvient, puisqu’à l’issue de l’épisode #111 ce dernier est supposé mort.

Déjà en 1969, date de ces épisodes, certains artistes avaient souvent bien du mal à tenir les délais. C’est ici le cas, puisque l’épisode #112 ne fait pas partie intégrante de cette arche narrative. Steranko ayant du retard sur ces planches, le #112constitue un fill-in sous forme d’album souvenir dessiné par l’immense Jack Kirby et qui récapitule les étapes décisives de la vie et de la carrière de Captain America. Après cet intermède, le #113 s’ouvre sur les collègues Vengeurs de Steve Rogers ainsi que Nick Fury et le pauvre Rick Jones, totalement effondré par ce qui va d’arriver, qui se réunissent à l’occasion des funérailles du héros de l’Amérique. Mais l’Hydra n’en a pas terminé avec Cap et les autres héros et passe une nouvelle fois à l’attaque. Et comme souvent dans les comics, les apparences peuvent bien souvent se révéler extrêmement trompeuses. Et dans cet ultime épisode comme dans les précédents, Steranko éclabousse ses planches d’une grâce et d’une puissance incomparables. Certaines de ses doubles planches sont tout simplement des sommets du genre, d’une modernité, d’un souffle de puissance, de rythme et de dynamisme époustouflants qu’il est presque difficile de croire que ces épisodes datent de 1969 ! De même, la structure interne de chacun de ces épisodes, le découpage des planches, l’agencement des cases témoignent d’une maîtrise incomparable. Du grand art.

Ces quelques épisodes de Captain America, mythiques par définition et qui forment même en un certain sens le canon scénaristique et graphique de la série encore aujourd’hui (demandez donc à Ed Brubaker ce qu’il en pense !) sont donc un réel chef d’œuvre que tout amateur de comics se doit d’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Il est question ici d’un pur et authentique chef d’œuvre tout récemment réédité par Panini avec d’autres épisodes signés Jack Kirby, et le tout pour une somme dérisoire.

Mon avis : absolument incontournable !

Parution française il y a fort longtemps dans quantité de revues, mais plus récemment dans Marvel Classic #03 aux éditions Panini Comics.

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