Oyez, oyez ! Le représentant diplomatique renommé de Palnu, Cerebus l’Oryctérope, dans son extrême mansuétude, accepte de voir le premier recueil de ses aventures traduit dans la langue de Molière.

Voilà un fait que je n’aurais jamais cru voir du vivant de Dave Sim. Non pas que je souhaite la mort à ce génial auteur, mais si vous lisez l’interview qu’il avait accordée à l’un des chroniqueurs de Scarce, sa volonté était claire : aucun éditeur ne doit gagner de l’argent sur la publication de ses œuvres, même adaptées dans une autre langue ! Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas rater cette sortie que je n’espérais même pas.

Techniquement, ce n’est pas réellement les débuts de Cerebus, puisque cet album regroupe les numéros #26 à #50 de la série. Ne jetez pas la pierre à Vertige Graphic, Dave Sim lui-même l’avait publié avant le volume 1. Les 25 premiers épisodes sont surtout des histoires indépendantes, des parodies, sans réelles liens entre elles. La fresque de 6000 pages qui verra évoluer et vieillir Cerebus débute réellement dans High Society. Et comme il existe des éditeurs qui font correctement leur métier, un petit travail rédactionnel présente le personnage et met le lecteur en situation en 5 pages illustrée juste avant le début de la saga où l’on voit le porc terreux arriver à l’Hôtel Régence de la Haute Ville d’Iest …

Dave Sim va créer des situations complètement rocambolesques pour son personnage qui va se lancer au gré des évènements dans la politique. On sent que l’auteur aime et est très intéressé par ce sujet, puisqu’il arrive à développer son scénario, des stratégies invraisemblables avec des trésors d’imagination (ou peut-être tirés de faits réels, sait-on jamais) durant les 500 pages sans qu’on ressente de redondance ou d’ennui. On est véritablement happé par cette destinée, aussi compliquée à construire que facile à démonter, si on en croit les adversaires de Cerebus. Au plaisir de lecture, on ajoute un aspect instructif (même si on sait bien que la politique, ce n’est pas simple).

Pour qu’une série soit réussie, il faut également développer un entourage, des sparring-partners en quelque sorte. Et avec le sale caractère de l’Oryctérope, ce sont surtout des ennemis ou de faux-amis qu’on aura l’occasion de rencontrer. Là encore, c’est du haut niveau de caractérisation, mêlant sérieux et burlesque, avec un compliment spécial pour la création du célèbre Cafard de Lune (régulièrement évoqué dans les sujets ayant pour thème la parodie de super-héros) qui est encore plus barré et hilarant qu’on le dit, mais terriblement vrai également !

Enfin, n’oublions pas le dessin. J’adore le coup de crayon très esthétique de Dave Sim qui maîtrise superbement la morphologie, les proportions, les expressions des visages (Cerebus est un festival à lui tout seul). Ses personnages crèvent tellement les pages qu’il n’a pas besoin de développer des décors et cela s’accorde d’ailleurs souvent à l’ambiance qu’on devine feutrée dans l’hôtel. Les monologues ou dialogues en secret s’y prêtent également plutôt bien et l’artiste en profite aussi pour tenter des mises en pages particulière, inventives, qui surprennent le lecteur.

Mon avis : votez Cerebus. Il le mérite, tout comme l’éditeur. Ce n’est pas hasard si cette série indépendante est considérée comme culte aux États-Unis. Et pour finir dans le plaidoyer, un tel rapport quantité/prix (et je ne parle plus de la qualité, sans parler de la densité) ne se refuse pas, surtout si on veut avoir une suite.

Publication française dans Cerebus High Society aux éditions Vertige Graphic.

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