En 2054, l’Homme vit sa vie par la procuration d’un clone électronique en plastique. Les humains restent dorénavant chez eux à l’abri de toute perturbation extérieure, contrôlant totalement leur corps de substitution de leur canapé cybernétique. Les réfractaires à ce style de vie, les Dreads, sont parqués dans une réserve, dirigés par celui qu’ils appellent leur « prophète ». Quand des clones sont délibérément attaqués et détruits dans une ville sans violence, les Dreads sont a fortiori soupçonnés …

Voilà un concept fort intéressant à une époque où l’on est capable de faire ses courses d’un simple clic. On a ici une sorte de dérive extrême et futuriste d’internet, où il est facile d’être totalement désinhiber en parlant et agissant en toute sécurité à travers un substitut (comme l’écran d’un PC), et différemment qu’en réalité avec la personne en face.

Venditti axe principalement son histoire sur l’enquête, avec une construction solide et assez classique. Les aspects sociologiques et leur évolution de sa société ne sont exploités que par le biais des suppléments de fin d’épisode, très bien faits d’ailleurs, sous forme de publicité ou article de magazine et de journal. Cela permet également d’en connaître un peu plus sur le Prophète, l’auteur préférant surtout travailler dans les pages dessinées la relation entre le héros et sa femme pour étayer son avis (sans concession) sur cette situation. Seulement, d’autres aspects ne sont pas vraiment développés, comme le ressenti d’un retour à la vraie vie ou ce qu’il peut se passer dans le reste du monde (en Afrique par exemple), car tout se passe comme s’il n’y avait que la Métropole Centrale de Georgie dans le monde.

Graphiquement, on sort un peu des sentiers battus. Le trait de Weldele est un peu anguleux et gras. Sa colorisation, qui rappelle celle qu’utilise Templesmith, permet de donner du détail à ses planches. Les dialogues prévalant sur les scènes d’action, on retrouve quasiment que des plans à l’américaine, donnant une certaine uniformité au livre.

Mon avis : une très bonne idée bien racontée, mais que j’aurais aimé un peu plus détaillée pour utiliser le terme « excellent ». Une bonne surprise quand même !

Publication française dans Clones aux éditions Delcourt.