Un chiffre symbolique pour une revue, qui n’a jamais pris la poussière. Est ce que ce 800ème Detective Comics entre dans l’histoire ?

Putain, 60 ans qu’elle existe ! Cette série a débuté par la narration d’enquêtes policières, pour accueillir, quelques temps plus tard, un détective pas comme les autres. Nous sommes en mai 1939, dans l’épisode #27, dans lequel Batman fait ses grands débuts.
Soixante ans après, il est toujours présent sans une ride, toujours aussi tenace et déterminé. Incroyablement géniale, la plume de Bob Kane (NdSgt : et de Bill Finger) a créé un personnage mythique. Jamais un héros, notion sujet à de nombreuses controverses quant à cette qualification, n’aura autant été aussi dur mais surtout affilié à un territoire : Gotham City.
Au fil des numéros, la City of Crime s’est vue détruite, anéantie par des fous, victime de virus, des criminels ou la mafia. Même si elle a connu la naissance des pires monstres et les pires tragédies, elle n’en est pas moins restée sauve.

Avec ce 800ème épisode, l’éditeur, d’où il tire son nom, marque une longévité créative de cette emprunte numérique. Il est indéniable, qui oserait me contredire, que nous sommes face à un patrimoine séculaire. (NdSgt : techniquement, il lui manque encore une quinzaine d’années ! 😉 ) Entré dans la culture populaire américaine, il se développe à l’échelle mondiale avec sa série kitch pour enfin se décliner sur grand écran en juin 1989.
Rappelez-vous ce film, où Tim Burton transcrivit une légende, qui fit date dans le monde entier, exceptée en France. L’exception française peut-être, mais l’histoire ne s’arrête pas là … elle continuera d’évoluer pour le plaisir des générations futures. (NdSgt : Hein ? Qui ? Joël Schumaquoi ?)
Toutefois, quoi que l’on puisse dire et lire, jamais le médium « comic » ne fut dépassé par d’autres de ses confrères. Jamais, un film, ou même une série, n’a pu détrôner la créativité et le rendu d’un script aussi fidèlement et aussi fort qu’un illustré ou qu’un roman. Oui, le livre reste puissant. Pas besoin de le protéger, il reste inviolable … et ce depuis le jour de la plus belle invention : l’écriture.

Pour cette 800ème apparition, la revue se décompose en deux parties. L’une est consacrée au lendemain du médiocre War Games, alors que la second se présente comme un interlude avant la grande saga de David Lapham : City of Crime.

Detective Comics #800 : Alone in the Dark.

Quelques semaines suite au chaos urbain, Batman continue de veiller sur sa ville. Les « War Games » apportent leur lot de conséquences dont la solitude. Le détective se rend compte que ses alliés sont partis, soit par sa faute, soit par besoin, soit par promesse. Comme au début de sa croisade, il est seul …

Pour mettre en scène cet épilogue, nous retrouvons l’équipe présente sur le titre à l’occasion du crossover. Andersen Gabrych se charge de rédiger l’intrigue, contant efficacement l’éclatement de la « bat team » et la nouvelle situation du crime qui en découle sur le sol gothamite. Le tout est enrobé de monologues, qui rendent le récit très agréable tout au long de sa lecture. Tellement agréable que cela pourrait se lire sans illustration. Un très bon boulot, pour celui que l’on retrouvera sur Batgirl.

En ce qui concerne le rendu visuel, c’est Pete Woods qui se charge de cette tâche. Admirable dans la forme, son art s’accompagne d’un découpage adapté au script, sans toutefois le rendre inerte. Pour ce numéro anniversaire, le lecteur a droit à une double ration. C’est sûrement pour cela que nous avons droit à un encreur supplémentaire, Drew Geraci, afin de donner un coup de main à l’excellent Cam Smith. Pour leur travail sur le titre, je les félicite et leur souhaite de revenir vite sur Gotham.

Que conclure sur cet épisode ? Incontestablement, ses points positifs restent le développement de la nouvelle scène du crime et sa qualité artistique. Mais c’est aussi là que se trouve le revers de la médaille, l’intérêt de l’histoire, lié aux trois mois précédents, ressasse l’échec du « Biggest event in Gotham ». Pour un numéro symbolique, je reste sur ma faim. Il s’avère logique dans la temporalité des événements … classiquement logique. Dommage.

In the Dark : A story from the City of Crime.

En cadeau, l’éditeur DC a intégré une histoire courte réalisée (script et dessin) par David Lapham, afin de promouvoir le futur éditorial du titre. En effet, dès la prochaine parution, nous aurons droit à une saga de 12 parties, intitulée City of Crime. Pour ceux qui traînent sur les forums, ce titre doit vous évoquer un souvenir plus ou moins lointain. Pour moi, ce fût une grande attente.
A l’origine, le scénariste de Stray Bullets devait rédiger une histoire illustrée par le maître, Bill Sienkiewicz. Editorialement parlant, City of Crime suivait Broken City des compères Brian Azzarello et Eduardo Risso. Cependant, la suite des événements nous montra que le projet tomba à l’eau pour l’auteur de Daredevil : Love & War, désormais sur la Veuve noire.

Si vous allez faire un tour sur le forum du site, il doit y avoir un lien vers ses prometteuses premières planches. Au final, l’histoire fut décalée et nous eûmes droit au duo Judd Winick et Dustin N’Guyen, sur l’arc As the Crow flies.

Pour en revenir à notre sujet, cette histoire courte s’inscrit dans une ambiance noire, sombre et épaisse. In The Dark place Batman à la recherche d’un gosse dans une ville pourrie et encline au crime. Telle une jungle urbaine, c’est la peur qui régule les comportements gothamites.
David Lapham rédige une très jolie trame avant sa grande aventure. Très lyrique et littéraire dans les textes, son dessin penche vers le massif. Larges traits, petites cases formant une impasse, l’artiste étonne par son approche contrastée. Au point, où l’on n’en vient presque à regretter son absence artistique sur City of Crime, puisque c’est l’artiste Ramon Bachs, vu sur Batman : the 12 cents adventure, le prélude des War Games. De bonne augure pour la suite, tout de même.
David Lapham rend, ici, une copie de haut niveau, une interprétation lourde et sombre qui sied au Dark Knight. Jouissif.

Pour conclure définitivement, l’intérêt de ce DC reste la mise en place de la situation post War Games. Les conséquences sont lourdes, il est vrai. Mais pour un numéro si symbolique, je reste sur ma faim. Heureusement que DC a eu la bonne idée d’introduire l’intermède In The Dark pour rendre le contenu plus solide. Vivement le mois prochain, M. Lapham.

Mon avis : pas indispensable dans son ensemble.

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