Au sein de sa génération, Chester Brown est un auteur dont la production est plutôt très variée. Excellant sur des sujets impersonnels comme sa récente biographie de Luis Riel, il peut aussi produire des oeuvres très intimes comme ce Playboy.

Le Playboy est une BD sur son adolescence, et plus exactement sur l’influence qu’a eu la pornographie sur sa vie sexuelle. Sous la forme d’un diablotin, le Brown d’aujourd’hui se fait narrateur et commentateur du Brown d’antan.

Cette thématique est originale et courageuse. La sexualité des adolescents a déjà été abordée, mais sans jamais citer l’influence de la pornographie, double sujet trop tabou. A ce titre, que Brown se mette lui-même en scène ne relève pas de la démarche égocentrique que l’on reproche souvent aux auteurs « underground », mais au contraire d’un acte courageux d’auto-critique qui lui permet par ailleurs de préciser qu’il connaît son sujet.

La mise en scène révèle malgré tout une certaine pudeur. Ainsi les sentiments du Brown adolescent ne sont jamais exprimés car c’est le Brown adulte qui commente les événements. Cette narration établit une certaine distance entre l’auteur et son personnage, comme si ce dernier ne voulait pas assumer ce qu’il a été. Et de fait, il n’explique jamais comment il a, par la suite, assumé ce passé, si ce n’est à demi-mots dans la conclusion. Enfin, les seuls événements relatés sont ceux en rapport direct avec le sujet du livre ; aucune scène, aucun assage « annexe » pour resituer le contexte : Brown n’étale pas toute sa vie.

On le voit bien dans la mise en page, chaque planche ne contenant qu’une ou deux cases, les « gouttières » – qui désignent la séparation entre les cases au sein d’une page et symbolisent le temps qui s’écoule – sont très larges entre chaque page. Comme si les scènes étaient très espacées dans le temps, indiquant ainsi que seuls quelques moments particuliers nous sont présentés. Cette mise en page ainsi que le petit format du livre renforcent aussi le côté intimiste de l’oeuvre.

Mon avis : parce qu’elle n’est pas complètement assumée, Le Playboy n’est pas une oeuvre totalement réussie. Traitée avec sincérité et un certain talent, son sujet atypique la rend pourtant incontournable.

Publication française dans Le Playboy aux éditions Les 400 coups et Cornelius.