Kim Deitch est un auteur underground inconnu du public mais admiré par les plus grands, dont Art Spiegelman. Il a fait ses débuts dans les années 60, et a écrit pour des revues aussi réputées que Raw et Pictopia. Boulevard of Broken Dreams est l’un de ses derniers chefs d’œuvre.

Ce volume est la version française de Boulevard of Broken Dreams, graphic novel qui regroupe les trois numéros Boulevard of Broken Dreams, The Mishkin File et Waldo Worlds. Ces histoires ont toutes le même sujet (l’animateur de dessins animés Ted Mishkin) mais ne se suivent pas.

Le sujet : le monde du dessin animé du début du siècle, ou comment un créateur de génie, Ted Mishkin, voit son talent mis à la poubelle par la « disney-ification » de son art. Cette histoire est presque vraie, les personnages faisant référence à des personnes réelles. On trouve par exemple une référence directe à Winsor McCay, pionnier de la bande dessinée et de l’animation. Comic aussi hanté par Waldo le chat, symbolique de l’animation des années 20, personnage le plus connu de Kim Deitch dans la réalité et création fétiche de Mishkin dans Une Tragédie Américaine.

Waldo intervient d’ailleurs à plusieurs niveaux : en tant que protagoniste des dessins animés, et en tant que vision de Ted Mishkin, ce qui lui vaudra d’ailleurs plusieurs internements. Dans un cas comme dans l’autre, il envahit régulièrement la « réalité ». La mise en page est à ce titre tout simplement débordante d’imagination : dessins animés, visions de Mishkin et réalités, mélangeant leurs cases respectives, se mêlent avec ingéniosité dans des planches d’une rare complexité.

Ce qui ne l’empêche pas d’appuyer une histoire terriblement réaliste et cruelle. Veitch a un don pour développer les relations entre ses personnages en peu de pages et en quelques dialogues qui sonnent juste. Les trois parties adoptent des points de vue ou des aspects différents de la vie de Mishkin. Le fait qu’elles soient non linéaires permet aussi de relancer l’attention du lecteur.

Cela ne facilite en revanche pas la lecture de l’ensemble. Outre la complexité des planches et du scénario, les dessins eux-mêmes ne sont pas faciles à décrypter. C’est essentiellement dû à un encrage au trait, difficile à appréhender.

Mon avis : Boulevard of Broken Dreams est une grande, une très grande oeuvre. Une BD à lire attentivement, pour bien en déchiffrer les références, et savourer pleinement le merveilleux cadeau que nous a fait Denoël en la traduisant en Français.

Publication française dans Une Tragédie Américaine aux éditions Delanoël.