Depuis que le caïd Frankie et son neuveu Jackie Estacado (possédant le pouvoir du Darkness) sont arrivés à Gotham City, tout le monde de la pègre tremble : ces deux semblent bien vouloir réorganiser le milieu du crime à coups de bains de sang. Mais le veilleur de Gotham guette dans l’ombre ; Batman réussira-t-il à résoudre cette série de meurtres sauvages ? Et cette rencontre n’est-elle pas le début de la rédemption pour l’un des deux surhommes ?

Graphiquement, l’équipe Top Cow a été mise à contribution : Marc Silvestri, David Finch et Clarence Lansang participent successivement à l’aventure. Pour la petite histoire, il faut savoir que Silvestri devait au départ assurer seul le travail graphique ; pour des problèmes de délais impossibles à tenir par l’artiste, Finch et Lansang ont par la suite apporté leur contribution. Loin de réaliser de simples fill-in, ils assurent finalement à eux deux une grande partie des dessins.
Une unité graphique se dégage de l’ensemble, et l’on évite ainsi la désagréable valse des styles qui surgit dans ce genre de cas. Certes, les détracteurs de Silvestri n’y trouveront pas leur compte, puisque c’est bel et bien son style qui sert de maître-étalon, mais le tout se tient bien, nous réservant même par moments de bien belles images. Et rien ne manque au folklore des 2 personnages : même les démons du Darkness sont présents avec leur humour ravageur !
On notera l’abondance de double-pages (certainement pour gagner du temps), auxquelles la version française ne rend pas vraiment justice à cause d’une reliure à dos carré, gâchant les entre-pages.

Côté scénario, on retrouve maintenant un habitué du Justicier de Gotham : Jeph Loeb (et aussi Lobdell, il s’agirait de ne pas l’oublier). Et le moins qu’on puisse dire est que l’on sent son style planer sur toute l’aventure. Loeb nous avait déjà, en 1997, raconté son Long Halloween, et proposé un éventail de vilains. Et le récent Hush tend à nous faire croire que Loeb aime décidément nous ressortir tout ce que Gotham compte de tarés : le Joker, Double Face, Catwoman, Killer Crow… Dans The Darknesse/Batman, Loeb nous les remontre, sans qu’ils ne jouent de rôle réellement important. Des guest-stars de luxe en somme.

Non, les personnages principaux sont bel et bien Bruce Wayne/Batman et Jackie Estacado/The Darkness. Pour rappel, ils ont en commun d’être orphelins et de plaire à la gente féminine. Mais la comparaison s’arrête de prime abord là : Estacado est un criminel de la pire espèce utilisant son pouvoir maléfique, alors que Wayne tente de rendre justice sous le costume de Batman.
Si la rencontre entre les deux hommes s’avère dans un premier temps musclée (oui, ils se foutent joyeusement sur la tronche !), elle va évoluer en un rapport curieux et particulièrement bien trouvé : Estacado ne serait-il pas finalement ce que serait devenu Wayne s’il avait cédé négativement à ses pulsions de vengeance ? Inversement, Wayne ne serait-il pas une version positive d’Estacado ?

Des questions qui vont pousser le détenteur du Darkness à évoluer… bien au-delà de ce crossover ! En effet, avec le recul, on constate que c’est à partir de sa rencontre avec Batman qu’Estacado s’adoucit et change quelque peu de camp dans sa propre série régulière. Un changement qui apparaît bien curieux quand on sait que les crossovers débouchent rarement sur une modification profonde des protagonistes !
Un changement qui par ailleurs marque quelque peu la fin du Darkness, puisque de statut de crapule il va se transformer peu à peu en anti-héros justicier, trahissant quelque part le concept initial de Garth Ennis.

Depuis, le personnage de Batman a renoué avec le succès et la popularité depuis que Jeph Loeb (encore !) et Jim Lee se sont penchés sur son cas. The Darkness, de son côté, a sombré peu à peu dans un embrouillamini scénaristique, avant de renaître dernièrement sous les pinceaux de Dale Keown et la plume de Paul Jenkins.

Publication française dans Batman H.S. (Vol.1) #11 aux éditions Semic.

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