Difficile de se lancer dans la chronique de cette oeuvre. En effet, j’ai eu beau la lire et relire, j’ai toujours le sentiment qu’une partie de l’histoire m’échappera. Violent Cases se lit doucement, sans peine, avec la certitude que l’on saisit bien toute les finesses de l’histoire tant elles paraissent toutes simples. Et puis hop ! Tel le magicien nous faisant le coup du lapin surgissant du chapeau, Gaiman conclut l’intrigue en beauté, me laissant à chaque fois pensif, avec cette même et irrévocable impression d’inachevé et d’incompréhension.

Pourtant tout semble si simple : Neil Gaiman est le conteur de cette histoire, et nous raconte un souvenir de son enfance. Petit, son père lui cassa involontairement le bras. Du coup, on l’amena voir un médecin. Un osthéopathe plus précisément. Mais pas n’importe lequel, puisque celui-ci n’était autre que le médecin personnel d’Al Capone, le célèbre gangster de Chicago. Un personnage qui va à son tour évoquer des souvenirs d’époque au petit Neil…

Entre peur enfantine et évocations d’un passé violent et pas si lointain, Gaiman nous plonge dans ses souvenirs. Parce qu’il s’agit bien de cela ! De temps en temps, notre conteur (Gaiman en personne dans la bd !), revient sur ses propos, doute de ses descriptions, et finalement nous laisse avec cette impression d’un souvenir (ou d’un rêve) mis en images. D’où ce sentiment terriblement plaisant de flânerie spirituelle, comme si finalement l’histoire était bien moins importante que l’impression ressentie en la lisant. D’ailleurs si certains veulent discuter de l’intrigue dans le forum ci-dessous, qu’ils n’hésitent pas, car j’ai encore pas mal de doutes quant à certains passages.

Pour parachever cette merveille, ce petit bijou de créativité, Gaiman se repose sur son comparse Dave McKean. McKean a un style bien particulier, mélange de photographies, de dessins, de textes intégrés et de collages. Un style bien marqué, personnel et reconnu au-delà du petit milieu de la bd (McKean a signé de nombreuses couvertures de CD rock). Une approche qui déroutera d’ailleurs les amoureux de la ligne claire, ou des comics plus conventionnels. Ce serait bien dommage de s’arrêter à cette impression de monochrome peut-être un brin brouillon !

Car McKean livre totalement son trait au scénario de Gaiman, dans une osmose si précieuse à nos yeux. Véritable laboratoire graphique, Violent Casesexplorait dès 1991 des concepts esthétiques totalement à propos. Comment faire ressentir une explosion ? Rien de plus simple, on explosant littéralement les limites du cadre ! (voir illustration)
Lorsque le narrateur revient sur une description erronée (rappelez-vous : on nous raconte un souvenir), l’artiste modifie directement l’aspect du personnage, tout simplement !
Déroutant, ambitieux, toujours respectueux de son lectorat (qu’il suppose capable de réflexion), Dave McKean nous séduit par sa grâce et la maîtrise de son trait.

Mon avis : Violent Cases fait partie de ces œuvres que l’on peut relire plusieurs fois, avec un intérêt sans cesse renouvelé.

Parution française dans Violent Cases aux éditions du Diable Vauvert.

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